Mahmoud Ali Youssouf président de la Commission de l’UA.©️DR
Réunis à Addis-Abeba pour le 39ᵉ sommet de l’Union africaine, les chefs d’État ont été exhortés à accélérer l’intégration continentale et à faire de l’eau un levier stratégique de paix et de développement, dans un contexte international marqué par le protectionnisme et l’instabilité sécuritaire.
L’ouverture officielle du 39ᵉ sommet ordinaire de l’Union africaine (UA) s’est tenue ce samedi 14 février 2026 au siège de l’organisation panafricaine, dans la salle Nelson Mandela, en présence d’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement.
Organisé les 14 et 15 février dans la capitale éthiopienne, le sommet est consacré au thème : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et un assainissement sûr pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », un axe stratégique présenté comme déterminant pour la résilience économique, la stabilité sociale et la coopération régionale.
Un monde en mutation, une Afrique appelée à se renforcer
Dans son discours d’ouverture, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a lancé un appel fort à l’unité continentale face aux « pressions grandissantes qui fragilisent le multilatéralisme mondial ».
Évoquant un contexte international marqué par la montée du protectionnisme, les tensions géopolitiques et les crises économiques, il a estimé que l’Afrique ne pouvait plus se permettre la dispersion.
« Le système multilatéral traverse une période de fortes turbulences », a-t-il souligné, appelant les États membres à renforcer leur solidarité, leur responsabilité collective et l’intégration régionale.
Pour le président de la Commission, l’Agenda 2063 demeure la feuille de route stratégique du continent. Il a insisté sur la nécessité d’une mobilisation accrue des ressources internes, notamment face aux barrières commerciales extérieures, afin de positionner l’Afrique parmi les grandes puissances économiques d’ici 2050.
L’eau, un « bien collectif » et un facteur de paix
Au cœur des discussions figure la question de l’eau et de l’assainissement. Mahmoud Ali Youssouf a qualifié l’eau de « bien collectif » dont la gestion durable doit devenir un facteur de paix plutôt qu’une source de tensions.
Il a appelé à une meilleure coordination entre les institutions financières africaines, notamment la Banque africaine de développement, ainsi qu’à un renforcement du rôle des communautés économiques régionales pour garantir une gouvernance efficace de cette ressource stratégique.
Sécurité : du Soudan à la Somalie, l’alerte est lancée
Sur le plan sécuritaire, le président de la Commission a dressé un tableau préoccupant de la situation sur le continent.
Au Soudan, il a qualifié la situation de « grave », marquée par des affrontements armés dans des zones urbaines, causant destructions massives, pertes humaines et déplacements de populations. Il a plaidé pour un cessez-le-feu immédiat et un renforcement des mécanismes africains de médiation, notamment via l’IGAD, afin de protéger les civils.
En Somalie, il a insisté sur la nécessité de préserver les « acquis durement gagnés » face à l’instabilité persistante et aux menaces terroristes, appelant à un financement durable des forces africaines déployées sur le terrain.
Plus largement, il a rappelé que de nombreuses populations, du Sahel à l’est de la République démocratique du Congo, continuent de payer un lourd tribut à l’insécurité.
Positionnement international et solidarité africaine
Dans un passage particulièrement remarqué, Mahmoud Ali Youssouf a également dénoncé les contraintes tarifaires et restrictions de visas imposées aux pays africains, estimant qu’elles entravent les dynamiques de développement et d’échanges.
Il a par ailleurs affirmé que « l’extermination du peuple palestinien doit cesser », réaffirmant l’attachement de l’Union africaine au respect du droit international et du droit international humanitaire.
Face aux transformations de l’ordre mondial et aux formes d’ingérence extérieure, il a plaidé pour une harmonisation renforcée entre les institutions africaines et une coordination accrue des politiques continentales.
Une Afrique forte et autonome
Au-delà des enjeux géopolitiques, le président de la Commission a mis en lumière les attentes croissantes des jeunes, des femmes et de la société civile. Il a appelé à accélérer l’industrialisation, la transformation structurelle des économies africaines, le développement énergétique et la modernisation des infrastructures.
En conclusion, il a assuré que la Commission poursuivra « sans relâche » ses efforts pour concrétiser la vision d’une Afrique forte, autonome et prospère.
À Addis-Abeba, le 39ᵉ sommet de l’Union africaine s’ouvre ainsi sous le signe de la résilience et de la responsabilité collective, dans un monde en recomposition où le continent entend affirmer davantage sa voix.