Le député et opposant Biram Dah Abeid estime que le rapport 2024-2025 de l’Inspection générale de l’État donne des chiffres sur les irrégularités financières, mais ne permet pas d’identifier clairement les institutions et responsables concernés.
Le rapport annuel de l’Inspection générale de l’État (IGE), couvrant les exercices 2024 et 2025, continue de susciter des réactions en Mauritanie. Dans une déclaration politique, le député et opposant Biram Dah Abeid critique notamment l’absence d’identification des institutions et des responsables liés aux irrégularités financières relevées.
L’IGE a évalué à 2,375 milliards d’ouguiyas (MRU) l’impact financier des irrégularités constatées sur 32,86 milliards MRU audités. Les marchés publics représentent à eux seuls environ 60 % de cet impact, soit près de 1,42 milliard MRU. Le rapport fait également état de quatre dossiers transmis à la justice, de 34 sanctions administratives et de 771 recommandations.
Pour Biram Dah Abeid, ces chiffres ne suffisent pas à établir les responsabilités. « On nous donne des chiffres mais on nous cache les responsabilités », affirme-t-il.
L’opposant s’interroge particulièrement sur le contenu du rapport concernant les marchés publics, qui concentrent la majorité de l’impact financier relevé. Il déplore que les administrations concernées, les projets, les marchés ou encore les bénéficiaires ne soient pas clairement identifiés dans la version publiée.
« Ce sont les marchés qui financent nos routes, nos écoles, nos hôpitaux et nos infrastructures. Et pourtant, le rapport ne dit pratiquement rien de ces marchés », soutient-il, estimant que le citoyen devrait pouvoir connaître l’institution concernée, le projet, la procédure suivie et les suites données aux irrégularités.
Des interrogations sur les sanctions et les dossiers judiciaires
Biram Dah Abeid met également en doute la portée des sanctions annoncées par l’IGE, qui fait état de 20 cessations de fonction, trois mutations d’office et 11 avertissements.
« Nous ne voulons pas d’une lutte contre la corruption qui punit les petites mains pendant que les véritables décideurs restent intouchables », déclare-t-il.
Il demande par ailleurs un suivi public des quatre dossiers transmis aux autorités judiciaires, dont deux à la Cour des comptes et deux au parquet. Pour lui, la transmission d’un dossier ne constitue pas une sanction définitive.
« Une transmission ne vaut pas justice. Un dossier ouvert ne vaut pas une sanction », affirme-t-il, appelant les autorités à publier les suites réservées à ces affaires.
Biram réclame davantage de transparence
Le député critique également le niveau de récupération des sommes liées aux irrégularités. Il demande au gouvernement de publier régulièrement l’état du recouvrement, en précisant les montants récupérés, ceux restant dus et les procédures engagées.
Dans sa déclaration, Biram Dah Abeid formule cinq principales exigences : la publication intégrale des rapports d’inspection, un suivi public des sanctions et dossiers judiciaires, la publication régulière des sommes récupérées, la mise en place d’un mécanisme de suivi de la récidive et des recommandations de l’IGE, ainsi que le renforcement de l’autonomie de l’institution.
Il réclame notamment que l’IGE puisse saisir directement la Cour des comptes et disposer d’une plus grande autonomie dans l’établissement de son programme de contrôle.
« Les Mauritaniens veulent savoir où est passé leur argent. Ils veulent savoir qui l’a géré. Ils veulent savoir qui doit en répondre », insiste-t-il.
Biram Dah Abeid conclut que la publication de chiffres ne peut, à elle seule, constituer une véritable politique de lutte contre la corruption. Selon lui, le contrôle de la gestion publique doit aboutir à l’identification des responsabilités, à des sanctions, au recouvrement des fonds concernés et à des changements dans la gestion de l’État.