Entre sélection inédite des futurs ministres et offensive judiciaire contre des malversations financières, les autorités de transition malgaches multiplient les mesures pour restaurer la confiance publique et lutter contre la corruption.
À Madagascar, la transition politique engagée depuis fin 2025 franchit un nouveau cap. Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, a instauré une procédure exceptionnelle : les candidats appelés à intégrer le prochain gouvernement sont soumis à des tests au détecteur de mensonges avant toute nomination.
Cette initiative, annoncée le 18 mars 2026, intervient dans un contexte de recomposition politique après le limogeage du précédent Premier ministre et de son équipe. L’objectif affiché est de s’assurer de la probité et de la loyauté des futurs responsables publics. Selon les autorités, seuls les profils jugés suffisamment intègres pourront accéder aux fonctions ministérielles.
Dans les faits, les candidats passent un examen au polygraphe, un dispositif importé et manipulé par des spécialistes, destiné à analyser leurs réactions physiologiques lors d’un interrogatoire portant notamment sur leur moralité et leur passé. Les résultats de ces tests alimentent ensuite des enquêtes complémentaires, avant une phase d’entretiens avec l’exécutif, incluant le nouveau Premier ministre, Mamitiana Rajaonarison. Ce processus explique le report de l’annonce du gouvernement, désormais attendue dans les jours à venir.
Si certains saluent une démarche volontariste face aux soupçons persistants de corruption, d’autres observateurs s’interrogent sur la fiabilité scientifique du polygraphe et sur les risques d’arbitraire dans la sélection des dirigeants.
Parallèlement, le pouvoir de transition a engagé une offensive judiciaire d’envergure contre les détournements de fonds publics. Ce vendredi 20 mars, Rahajason Harry Laurent a ordonné l’ouverture d’enquêtes approfondies et de poursuites judiciaires visant les responsables impliqués dans des irrégularités financières révélées par la Cour des comptes.
Selon ce rapport, près de 900 000 dollars auraient été détournés ou perdus dans la gestion des finances publiques en 2025, impliquant plusieurs structures étatiques. L’instruction donnée aux organes de contrôle est claire : identifier les responsables, établir les preuves et engager des poursuites sans distinction de rang ou de fonction.
Les autorités exigent également que les conclusions de ces investigations soient rendues publiques, dans une logique de transparence et de redevabilité. Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large de rupture avec les pratiques du passé, après la chute de l’ancien président Andry Rajoelina à la suite d’un soulèvement populaire en octobre 2025.
Entre filtrage inédit des élites politiques et traque des malversations financières, Madagascar semble ainsi engager une phase de transition marquée par un durcissement des mécanismes de contrôle. Reste à savoir si ces mesures, aussi spectaculaires que controversées, permettront de restaurer durablement la confiance des citoyens dans les institutions publiques.