Le ministre mauritanien de l’Agriculture, Sid’Ahmed Ould Bouh (à gauche), la ministre du Commerce, Zeinebou Mint Ahmednah (au centre), et le président du Patronat mauritanien, Zeine El Abidine (à droite), en visite ce jeudi 19 février à l’Expo Ramadan.DR
En ce début du Ramadan, les pastèques mauritaniennes peinent à accéder au marché marocain en raison de droits de douane jugés prohibitifs. Une situation qui contraste avec les engagements récents des autorités marocaines en faveur d’un renforcement des exportations mauritaniennes.
Malgré une forte demande saisonnière liée au mois sacré, les pastèques produites en Mauritanie restent bloquées aux frontières du Maroc. Selon le média marocain Bladi, les exportateurs dénoncent des frais douaniers élevés qui rendent les expéditions vers le Royaume financièrement non viables.
Les frais appliqués atteindraient près de 90 000 dirhams, environ 9 000 dollars par conteneur de 24 tonnes. Un niveau tarifaire qui renchérit considérablement le prix final sur le marché marocain, le rendant peu compétitif pour les consommateurs locaux. Après une première tentative jugée déficitaire la saison dernière, les exportations vers le Maroc sont aujourd’hui à l’arrêt total. Les opérateurs estiment que, dans ces conditions, l’opération est économiquement insoutenable
Cette situation intervient pourtant quelques jours seulement après une rencontre officielle à Rabat, au cours de laquelle les autorités marocaines ont affiché leur volonté de soutenir les exportations mauritaniennes. Le 13 février 2026, lors du mécanisme de suivi parlementaire maroco-mauritanien, le secrétaire d’État marocain chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, avait réaffirmé l’engagement de Rabat à faciliter l’accès des produits mauritaniens au marché marocain et à encourager une approche « gagnant-gagnant ».
Les chiffres du commerce bilatéral témoignent d’ailleurs d’une dynamique positive : les échanges entre les deux pays ont presque doublé en sept ans, passant d’environ 170 millions de dollars en 2017 à près de 330 millions de dollars en 2024. Toutefois, la structure des flux reste déséquilibrée, les importations marocaines en provenance de la Mauritanie demeurant modestes.
Les producteurs basés en Mauritanie – parmi lesquels figurent plusieurs investisseurs marocains – rappellent que leur récolte précoce n’entre pas en concurrence directe avec la production nationale marocaine. Ils plaident pour une révision des conditions tarifaires afin de rendre effectif l’accord autorisant ce commerce transfrontalier.
En attendant une éventuelle baisse des taxes, les exportateurs ont redirigé leurs cargaisons vers l’Union européenne, où la demande reste soutenue, y compris pendant la période hivernale du Ramadan. Plusieurs conteneurs seraient expédiés quotidiennement vers les marchés européens, offrant un débouché plus fluide et nettement plus rentable.
Au-delà du cas des pastèques, cet épisode met à l’épreuve la crédibilité des engagements économiques annoncés entre Nouakchott et Rabat. Alors que les deux pays ambitionnent de consolider un partenariat stratégique durable au service du développement régional, la question des barrières tarifaires apparaît désormais comme un enjeu clé. Pour les opérateurs économiques mauritaniens, l’équation est simple : sans ajustement des droits de douane, l’accès au marché marocain restera théorique, au profit d’autres destinations plus compétitives.