Cheikh Amadou Ba, Président du Conseil national des imams de France.©️DR
À l’approche du Forum des Mauritaniens de l’étranger, prévu à Nouakchott du 29 au 31 octobre 2026, Cheikh Amadou Ba appelle à transformer la mobilisation de la diaspora en un partenariat durable avec l’État. Il préconise notamment la création d’un Conseil consultatif, d’un registre numérique des compétences et de programmes consacrés à la diplomatie communautaire et au dialogue interculturel.
Dans un entretien accordé à TransContinentsAfrica, publié le 19 octobre 2026, Cheikh Amadou Ba, responsable religieux et acteur institutionnel engagé dans le dialogue interculturel et interreligieux, défend une approche élargie de la contribution des Mauritaniens établis à l’étranger. Selon lui, leur rôle ne doit pas se limiter aux transferts financiers, mais intégrer également l’expertise professionnelle, les réseaux internationaux et la promotion du rayonnement du pays.
« Le Mauritanien qui vit à l’étranger n’est pas éloigné de sa patrie, il en est l’ambassadeur là où il vit », affirme-t-il. Saluant l’appel du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani aux compétences mauritaniennes de l’étranger, il estime que cette mobilisation doit déboucher sur une participation concrète à la construction nationale, sans nécessairement impliquer un retour définitif au pays.
Pour assurer la continuité de cette dynamique, Cheikh Amadou Ba propose la création d’un Conseil consultatif supérieur des Mauritaniens de l’étranger et des compétences, destiné à réunir notamment des entrepreneurs, des universitaires, des experts, des jeunes, des femmes et des représentants communautaires. Il suggère également l’adoption d’une charte éthique définissant les principes de la relation entre l’État et la diaspora, autour de la citoyenneté, de la transparence, de la participation et de la non-exclusion.
Autre proposition : un « passeport des compétences », conçu non comme un document juridique, mais comme un registre numérique permettant d’identifier les professionnels mauritaniens établis à l’étranger et de faciliter la mobilisation de leur savoir-faire. À cette initiative s’ajouterait le programme « Une heure pour la Mauritanie », qui inviterait les experts de la diaspora à consacrer du temps au conseil, à la formation et à l’accompagnement des jeunes ou des institutions nationales.
Le responsable plaide par ailleurs pour une diplomatie communautaire fondée sur le dialogue interculturel et interreligieux, la lutte contre les discours de haine et la promotion de la coexistence pacifique. Il propose notamment le programme « La Mauritanie, un pont pour le dialogue et la paix », ainsi qu’un forum européen annuel des compétences mauritaniennes. Pour les jeunes générations nées à l’étranger, il défend également le programme « La génération des ponts », axé sur la langue, la culture, l’histoire, la formation et les échanges avec le pays d’origine.
À travers ces propositions, Cheikh Amadou Ba appelle à faire du Forum des Mauritaniens de l’étranger davantage qu’une rencontre ponctuelle. Il souhaite que ses conclusions se traduisent par des mécanismes permanents de consultation et de coopération entre les autorités et les communautés établies hors du pays.
« La Mauritanie a besoin de tous ses enfants », résume-t-il, en plaidant pour une relation fondée sur la confiance, la reconnaissance et la participation. L’enjeu sera désormais de déterminer dans quelle mesure les propositions formulées pourront alimenter les décisions et les dispositifs issus du forum.