Dr Coumba Bâ lors de son audition devant l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Paris, mardi 30 juin.©DR
Auditionnée dans le cadre de sa candidature au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, la candidate mauritanienne a défendu une vision axée sur la réforme, l’efficacité et le renforcement du rôle politique et économique de l’espace francophone.
Lors de son audition officielle devant les représentants des États membres de l’OIF, tenue ce mardi 30 juin à Paris, Dr Coumba Bâ a présenté un projet structuré autour d’une Francophonie « plus ambitieuse, plus solidaire et résolument tournée vers l’avenir ».
Dès l’entame de son intervention, elle a dressé un constat des tensions internationales actuelles, soulignant que « le monde traverse des zones de tempêtes que chacun de nous suit avec inquiétude », marquées par « la multiplication des foyers de tension en Afrique, en Europe, en Asie et au Moyen-Orient ».
Dans ce contexte, elle estime que la Francophonie dispose d’un atout majeur : « faire parler ensemble des États aussi nombreux que divers ». Rappelant le poids de l’organisation, elle a souligné qu’elle constitue « la deuxième plus grande organisation multilatérale après les Nations Unies », rassemblant « 90 États et gouvernements et près de 400 millions de locuteurs ».
Une Francophonie plus politique et engagée
Dr Coumba Bâ a plaidé pour une organisation plus présente sur les enjeux politiques et de stabilité internationale. Selon elle, « la Francophonie sera d’autant plus respectée qu’elle sera davantage politique ».
Elle appelle ainsi à une institution capable « d’accompagner les États qui traversent des situations difficiles » et « de jouer un rôle plus actif dans la prévention des conflits », tout en restant fidèle à ses principes fondateurs, notamment « la Charte de la Francophonie, la Déclaration de Bamako et l’esprit de Saint-Boniface ».
Elle insiste également sur une approche équilibrée : « accompagner sans humilier, écouter sans présumer, contribuer à rapprocher plutôt qu’à opposer ».
Réformes de gouvernance et exigence de résultats
La candidate met également l’accent sur la gouvernance interne de l’organisation. Elle propose la mise en place d’un « Pacte de performance et d’impact » reposant sur la transparence, l’efficience et l’évaluation des résultats.
« La rigueur budgétaire n’est pas un luxe. Elle est la condition première de la confiance », a-t-elle affirmé, ajoutant que chaque dépense devra répondre à un triptyque : « pertinence, transparence, impact mesurable ».
Elle appelle aussi à une meilleure coordination entre les opérateurs de la Francophonie afin d’éviter « le cloisonnement et la dispersion des efforts ».
Langue française, économie et enjeux numériques
Sur le plan linguistique, Dr Coumba Bâ a alerté sur les risques de marginalisation du français dans les usages numériques et scientifiques, estimant que « si les jeunes francophones apprennent à coder uniquement en anglais… la place du français dans le monde sera sérieusement compromise ».
Elle propose un « Programme-cadre de reconquête linguistique du français », visant à renforcer la formation des enseignants, la production de contenus et l’adaptation aux métiers d’avenir.
Jeunesse, femmes et développement
La candidate a insisté sur le rôle central de la jeunesse et des femmes, affirmant que la crédibilité de la Francophonie « se mesure à son impact dans la vie réelle des populations ».
Elle propose notamment un dispositif dédié au leadership féminin et un plan d’action pour l’employabilité des jeunes, en particulier dans les secteurs du numérique et de la transition écologique.
Une vision économique du monde francophone
Dr Coumba Bâ a également mis en avant le potentiel économique de l’espace francophone, qu’elle estime à « 16,5 % du PIB mondial et près de 20 % du commerce mondial de marchandises ».
Selon elle, ce potentiel doit être transformé en « prospérité inclusive et durable », en renforçant les échanges économiques et la coopération entre les États membres.
Une feuille de route dès les 100 premiers jours
En cas de succès, elle s’engage à présenter « une feuille de route concertée dès les cent premiers jours du mandat », fondée sur des objectifs « clairs, réalistes et mesurables ».
Elle a conclu en appelant à une Francophonie « plus utile politiquement et économiquement, plus cohérente et plus efficace, tout en restant fidèle à ses valeurs communes ».
Cette audition intervient à quelques mois de l’élection du prochain Secrétaire général de l’OIF, prévue lors du Sommet de la Francophonie en novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge, dans un contexte de vive compétition diplomatique.
Outre la Mauritanienne Dr Coumba Bâ, plusieurs candidats sont en lice, dont Louise Mushikiwabo (sortante – Rwanda), Juliana Amato Lumumba (République démocratique du Congo) et Dacian Cioloș (Roumanie).