Bassirou Diomaye Faye.©️Images/ présidence sénégalaise.
Sous le thème de la souveraineté, de l’intégration et de la stabilité, cette rencontre continentale de haut niveau réunit chefs d’État, partenaires et experts autour des réponses africaines aux défis sécuritaires dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et la montée des menaces transnationales.
Le Président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a procédé ce lundi 20 avril à l’ouverture officielle de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, en présence de plusieurs hautes personnalités africaines, dont Julius Maada Bio, Président de la Sierra Leone et Président en exercice de la CEDEAO, ainsi que Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Président de la République Islamique de Mauritanie, invités d’honneur de cette édition.
Placée sous le thème : « L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté : quelles solutions durables ? », cette rencontre intervient dans un contexte international marqué par la fragilisation du multilatéralisme, les tensions économiques entre grandes puissances et la recrudescence des menaces sécuritaires sur le continent.
Dans son allocution d’ouverture, le Chef de l’État sénégalais a rappelé la vocation stratégique du Forum, devenu au fil des années un espace majeur de réflexion sur la sécurité en Afrique. Évoquant l’évolution des crises depuis la création de cette plateforme, il a souligné que « la poussée djihadiste s’installait déjà au Sahel et dans la Corne de l’Afrique », justifiant ainsi la nécessité pour le continent de « renforcer son espace de réflexion stratégique sur sa propre sécurité ».
Face à un monde qu’il décrit comme instable et fragmenté, le Président Faye a dressé un diagnostic préoccupant des menaces actuelles : conflits armés, terrorisme, criminalité transfrontalière, piraterie maritime, désinformation, cybercriminalité et impacts du changement climatique. Il a également alerté sur les « fractures commerciales profondes entre grandes puissances » et la tendance au repli protectionniste.
Évoquant la situation des populations civiles, il a tenu à rappeler la dimension humaine des crises : « Je pense à cet enfant du Sahel qui n’a pu aller à l’école cette année parce que les routes sont coupées ; je pense à cette femme du bassin du lac Tchad qui a tout perdu dans un raid de groupe armé ; je pense également à ce jeune dans la Corne de l’Afrique qui n’a pas trouvé d’emploi et a été recruté par un réseau criminel faute d’autre horizon. Ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des réalités », a-t-il déclaré.
Le Président sénégalais a également insisté sur la nécessité pour l’Afrique d’assumer pleinement sa souveraineté stratégique, économique et numérique. « L’Afrique ne doit plus se contenter d’être le centre des convoitises entre grandes puissances », a-t-il martelé, appelant à une gouvernance autonome des priorités sécuritaires et des ressources naturelles du continent.
Sur le plan économique, il a plaidé pour une transformation structurelle basée sur la valorisation locale des ressources :
« Du lithium au cobalt, du pétrole au gaz, de l’uranium à nos richesses halieutiques, nos ressources ne doivent plus alimenter uniquement les industries d’ailleurs. Elles doivent propulser celles présentes sur le continent selon la règle : extraire chez nous, transformer chez nous et vendre à un prix juste », a-t-il affirmé.
Le Chef de l’État a toutefois rappelé que la souveraineté, bien que nécessaire, ne saurait suffire sans coopération : « Aucun pays, ni aucun continent ne peut triompher seul face à ces menaces sécuritaires. Toute solution efficace ne le sera que collectivement », a-t-il souligné.
Dans ses perspectives, il a proposé une série d’actions prioritaires, notamment le renforcement des mécanismes d’alerte précoce, l’opérationnalisation des forces régionales en attente, la consolidation de la coopération sécuritaire, ainsi que des investissements massifs dans la jeunesse, l’éducation, la digitalisation et l’emploi. Il a également insisté sur la nécessité de renforcer la gouvernance des ressources et d’accélérer l’intégration économique à travers des cadres tels que la ZLECAF.
Clôturant son discours, le Président Faye a appelé à une prise de responsabilité collective : « J’ai espoir que vos travaux aboutiront à des réponses concrètes (…) pour faire de cette 10e édition du Forum de Dakar celle de la maturité, celle du passage à l’acte », a-t-il déclaré avant de prononcer l’ouverture officielle des travaux.
Cette édition du Forum de Dakar s’annonce ainsi comme un moment charnière dans la réflexion africaine sur la sécurité, dans un contexte où les États du continent cherchent à redéfinir leurs réponses face à des défis de plus en plus complexes et interdépendants.