Du Mali au Niger en passant par le Burkina Faso, des mobilisations populaires ont dénoncé une « ingérence étrangère » après une résolution du Parlement européen exigeant la libération de Mohamed Bazoum.
Plusieurs villes du Sahel ont été le théâtre, samedi 28 mars, de manifestations populaires simultanées, notamment au Mali, au Niger et au Burkina Faso. À l’origine de cette mobilisation régionale : une résolution adoptée le 12 mars par le Parlement européen appelant à la « libération immédiate et inconditionnelle » de Mohamed Bazoum, renversé par un coup d’État militaire en juillet 2023.
Organisées par des acteurs de la société civile et des structures de veille citoyenne proches de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces manifestations ont exprimé un rejet ferme de toute pression extérieure et un soutien affiché aux autorités militaires actuellement au pouvoir dans les trois pays.
Au Burkina Faso, plusieurs centaines de manifestants ont défilé dans la capitale, Ouagadougou, depuis la place de la Révolution jusqu’au siège de la délégation de l’Union européenne. Les slogans hostiles à Bruxelles, tels que « À bas l’Union européenne » ou « Non à l’ingérence impérialiste », ont rythmé la marche.
Au Niger, la mobilisation a été particulièrement suivie à Niamey, où des milliers de personnes se sont rassemblées entre la place Toumo et la place de la Concertation. Les manifestants ont scandé leur opposition à la résolution européenne et réaffirmé leur attachement à l’AES à travers des slogans comme « Vive l’AES » et « Non à l’ingérence ».
Au Mali, des mobilisations ont également été signalées dans plusieurs localités, traduisant une adhésion à l’appel régional, bien que les détails restent moins documentés à ce stade.
En amont de ces manifestations, l’Alliance des États du Sahel avait déjà exprimé sa « vive indignation », qualifiant la position européenne d’« ingérence inacceptable » et dénonçant un « deux poids, deux mesures » dans l’appréciation des crises internationales. Dans un contexte de recomposition géopolitique, les autorités sahéliennes accusent les partenaires occidentaux de poursuivre des intérêts stratégiques hérités d’un passé colonial, tout en revendiquant leur volonté de bâtir un modèle souverain, notamment à travers de nouveaux partenariats, en particulier avec la Russie.
Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, Mohamed Bazoum est détenu à la résidence présidentielle de Niamey, transformée en lieu de détention. Il n’a jamais officiellement démissionné de ses fonctions. Les autorités militaires dirigées par le général Abdourahamane Tiani l’accusent de haute trahison, d’atteinte à la sûreté de l’État, d’apologie du terrorisme et de complot contre la sécurité nationale. La levée de son immunité en juin 2024 par une juridiction d’exception a ouvert la voie à un procès devant un tribunal militaire, dont la tenue reste incertaine.
À l’international, plusieurs organisations, dont Human Rights Watch, l’Organisation des Nations unies et la CEDEAO, dénoncent une détention jugée arbitraire et contraire aux normes du droit international, pointant l’absence de procès équitable. Malgré des appels répétés à sa libération, notamment par la CEDEAO en décembre 2023 et par des instances onusiennes en 2025, les autorités nigériennes maintiennent leur position, dans un climat marqué par une restriction accrue de l’espace politique.