Alors que le président Ghazouani réaffirme l’engagement de l’État contre la corruption, le dossier explosif du laboratoire médico-légal, impliquant plusieurs hauts gradés de l’armée, revient au premier plan. Les observateurs attendent désormais les conclusions d’une enquête aux ramifications profondes, sur fond de commissions suspectes dépassant 2,5 millions d’euros.
La lutte anticorruption occupe de nouveau le devant de la scène en Mauritanie. À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption, célébrée ce mardi 9 décembre 2025, le président mauritanien, S.E.M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a réaffirmé sur son compte X (anciennement Twitter) « l’engagement à combattre sans relâche la corruption et la fraude » et à promouvoir « les valeurs d’intégrité et de transparence », qualifiant ce combat « d’enjeu national et de responsabilité partagée ».
Cette déclaration intervient alors qu’un autre front judiciaire, beaucoup plus sensible, resurgit : le dossier du laboratoire médico-légal de la police, considéré comme l’un des plus grands scandales de corruption révélés ces dernières années. Cette affaire s’ajoute au rapport récent de la Cour des comptes mettant en cause plusieurs hauts fonctionnaires.
L’enquête, révélée initialement par le média indépendant mauritanien Alakhbar, cite notamment deux généraux de l’armée nationale dans le cadre du marché controversé destiné à créer un laboratoire spécialisé pour la police scientifique. Ces révélations ont déclenché une série de mesures judiciaires.
Le parquet de Nouakchott-Ouest a ainsi transmis le dossier à la Direction des crimes économiques et financiers, avec ordre d’ouvrir une enquête approfondie, d’interroger toutes les personnes impliquées et de les déférer si nécessaire. Les auditions devraient débuter dans les prochains jours.
Ce transfert intervient après le passage du dossier entre les mains du parquet près la Cour suprême, soulignant la sensibilité et la complexité du cas.
Selon les documents révélés par la même source, le coût du laboratoire aurait doublé en raison de commissions atteignant 2,5 millions d’euros et 500 000 dollars.
Les informations disponibles indiquent qu’une partie importante de ces montants — environ 1,5 million d’euros et 500 000 dollars — aurait été versée à un intermédiaire dans le dossier. D’autres intermédiaires auraient également perçu près de 300 000 euros chacun.
L’affaire ne se limite pas aux acteurs locaux. Le contrat initial impliquait une entreprise étrangère en charge de la fourniture du matériel, ainsi qu’une société sous-traitante chargée de l’exécution technique, toutes deux au centre des soupçons liés aux surcoûts et aux commissions illicites.
Avec des personnalités civiles et militaires de haut rang potentiellement impliquées, des commissions atteignant des montants exceptionnels et un contexte de forte pression publique, ce dossier est désormais considéré comme un test majeur de la volonté réelle du pays de lutter contre la corruption.
Les yeux des observateurs, de la société civile et de l’opinion publique sont désormais tournés vers les prochaines étapes de l’enquête de la Police des crimes économiques.