Biram Dah Abeid à Nouakchott, le 12 mai 2024. © MICHELE CATTANI/AFP
Dans une lettre ouverte rédigée depuis Bruxelles, le leader abolitionniste mauritanien Biram Dah Abeid exhorte le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko à dépasser leurs dissensions internes, estimant que leur divergence menace l’élan historique porté par leur accession au pouvoir et l’espoir qu’elle a suscité sur tout le continent africain.
Le député mauritanien, figure emblématique de la lutte pour les droits humains et président de l’Initiative de résurgence abolitionniste (IRA), explique avoir passé « plusieurs nuits de stress et d’insomnie » avant de se résoudre à adresser ce message aux deux dirigeants, qu’il qualifie de « champions du réveil africain ». Biram rappelle que leur victoire, obtenue par les seules forces de la persuasion populaire, a incarné pour des millions d’Africains le prolongement du combat des grandes figures de la libération : Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobè, Ahmed Ben Bella, Mehdi Ben Barka ou encore Alioune Blondin Diop.
Selon lui, l’espoir né de leur succès électoral dépasse largement les frontières du Sénégal. Dans un ton solennel, il leur rappelle : « Croyez-en un aîné, vous n’avez pas droit à l’erreur. Après tant de sacrifices, la négligence ne vous est permise. » Les rumeurs de dissensions au sommet de l’État sénégalais inquiètent profondément l’opposant mauritanien, qui dit voir se profiler « l’appréhension de l’échec » et la crainte d’un « désaveu par l’histoire ».
Biram Dah Abeid insiste sur la portée symbolique de l’expérience politique conduite par Diomaye et Sonko : pour les jeunes, les patriotes, les populations vulnérables et les « cadets sociaux » de toute l’Afrique, leur ascension incarnait enfin la promesse d’une rupture avec la fatalité, la corruption et les systèmes de domination. Une fracture au sein du leadership sénégalais représenterait, selon lui, un revers continental aux conséquences lourdes, susceptible de « déclencher l’onde de choc de la régression ».
Il appelle ainsi à un sursaut « de lucidité » pour préserver la dynamique enclenchée et l’espérance collective qui l’accompagne : « Pastef-Sénégal porte notre foi commune en l’avenir d’une Afrique des peuples, de la démocratie et de la souveraineté restaurée. Vous n’êtes pas seuls. »
La lettre, datée du 18 novembre 2025 et signée à Bruxelles, où séjourne actuellement Biram, résonne comme un avertissement fraternel mais ferme : le continent observe le Sénégal, compte sur son exemplarité et attend de ses dirigeants qu’ils restent à la hauteur de la mission historique qu’ils ont embrassée.
Pour rappel, le froid entre Diomaye et Sonko est né lorsque le président a remplacé Aïssatou Mbodj, proche de Sonko, à la tête de leur coalition — une décision jugée illégitime par le PASTEF. Ce geste a mis en lumière une lutte d’influence plus large : Diomaye veut affirmer une gouvernance plus institutionnelle, tandis que Sonko entend conserver un rôle central et militant. Cette divergence de vision a créé un bicéphalisme au sommet de l’État et fragilise l’unité d’un duo qui incarnait pourtant l’espoir d’un renouveau politique au Sénégal.