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Gouvernance

Biram Dah Abeid

Mauritanie : Biram appelle à une rupture historique avec le tribalisme et l’ethnicisation de l’État

Un appel à restaurer la méritocratie et l’équité dans un État miné par le tribalisme et le clientélisme

Dans une déclaration publiée depuis Bruxelles le 14 novembre 2025, le député mauritanien Biram Dah Abeid dresse un diagnostic sévère du fonctionnement de l’État mauritanien et appelle à une refondation profonde des institutions. Pour lui, seule une rupture claire avec les pratiques tribales, ethniques et clientélistes permettra de restaurer l’idée républicaine et d’engager le pays sur la voie de l’égalité, de la justice et de la méritocratie.

Revenant sur l’histoire politique récente, le leader politique estime que le premier coup d’État militaire de 1978 a ouvert une ère où l’État mauritanien a progressivement été remodelé selon les logiques de tribu, de clan et de communauté. Derrière une façade centralisée et républicaine, affirme-t-il, s’est imposé un mode de gestion de type clanique, dominé par des réseaux d’influence cherchant à préserver privilèges, passe-droits et contrôles informels sur les ressources publiques. Selon lui, ce système n’a jamais été assumé officiellement mais s’est enraciné comme une norme implicite, transmissible et difficile à remettre en cause.

Biram Dah Abeid rappelle que la répartition du pouvoir, depuis la fin des années 1970, s’est construite sur des déséquilibres profonds : une surreprésentation massive des Maures dans les gouvernements successifs, une présence marginale ou symbolique des Soninkés, Hal Pulaaren et Haratine — ces derniers mobilisés parfois pour servir de vitrine démentant l’image esclavagiste du pays — et une quasi-absence structurelle des Wolofs et Bambaras. Ces déséquilibres, ajoute-t-il, traversent tout l’appareil administratif : justice, diplomatie, armée, douanes, impôts, éducation, sociétés publiques et même les institutions religieuses. Les nominations répondent moins à l’intérêt général qu’à des logiques d’appartenance, d’audience communautaire ou de solidarité clanique.

Le député dénonce également un système électoral dominé par « l’achat des consciences » et par des pratiques frauduleuses, où la représentativité parlementaire serait avant tout l’expression d’intérêts privés plutôt que celle du peuple mauritanien. À ses yeux, l’État ressemble désormais à « une fédération de clientèles d’une avidité débridée », où la distribution des postes vise davantage à préserver des équilibres tribaux qu’à servir l’équité ou le développement.

Il décrit aussi un effondrement de la redevabilité publique. Selon lui, plus de 70 % des hauts responsables nommés depuis les années 1980 — directeurs, conseillers, chargés de mission ou dirigeants d’entreprises publiques — ne proviendraient pas de la fonction publique et n’auraient jamais été recrutés par concours. Ce phénomène, qu’il qualifie de « privatisation de l’État », aurait permis l’ascension de profils peu qualifiés, portés par leurs réseaux plutôt que par le mérite. La protection clanique, affirme-t-il, assure l’impunité dans les affaires de détournements, tandis que les lois restent inappliquées et les responsabilités diluées.

Évoquant les engagements réitérés du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en faveur d’une société plus juste, notamment lors de ses discours à Ouadane, Néma, Djéwol ou Nbeiket Lahwach, Biram Dah Abeid estime que ces appels restent largement contradictoires avec les pratiques constatées. Il cite l’exemple de l’interdiction annoncée de la participation des fonctionnaires aux manifestations tribales, alors même que la tournée présidentielle aurait été organisée dans un cadre « strictement tribal », financé par l’argent public et soutenu par des fonctionnaires de haut rang. Selon lui, « le Président devrait parler un peu moins et sévir beaucoup plus ».

Face à ce qu’il décrit comme un système verrouillé, le député avance plusieurs propositions pour « réparer l’État » et restaurer la crédibilité des institutions. Parmi celles-ci : l’abolition des quotas ethniques et tribaux, le recrutement fondé exclusivement sur le mérite et la compétence, la réévaluation des nominations effectuées au cours des vingt dernières années, l’application sans délai du projet de décret sur le personnel de la fonction publique, ainsi qu’une lutte effective contre la corruption, la falsification des diplômes et les fraudes administratives. Il appelle également à la transparence totale des rapports de la Cour des Comptes et de l’Inspection générale de l’État, qu’il considère comme des outils essentiels de la réforme.

En conclusion, Biram Dah Abeid estime que la Mauritanie se trouve « à la croisée des chemins », et que le président — engagé dans la deuxième moitié de son dernier mandat — dispose désormais de l’opportunité historique de réhabiliter l’État. Il l’invite à éradiquer les pratiques de favoritisme, d’anarchie et d’incompétence héritées des décennies passées, afin de restaurer la République là où elle a été interrompue en 1978. Le député affirme croire encore au « sursaut national », souhaitant l’avènement d’une Mauritanie fondée sur la justice, l’égalité des chances, la méritocratie et l’unité, loin des distinctions de naissance et des réflexes identitaires.

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