À Djigueni, dernière étape de sa tournée dans le Hodh Charghi, le président mauritanien a livré un discours ferme et structuré, érigeant la lutte contre la corruption en priorité nationale. Il a détaillé les progrès réalisés, les défis persistants et la responsabilité collective nécessaire pour garantir une gouvernance efficace et un développement équitable.
Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a clôturé jeudi soir sa tournée dans le Hodh Charghi par une intervention marquante à Djigueni, où il a placé la lutte contre la corruption au cœur de son message. Face aux cadres de la moughataa (département), il a affirmé avec vigueur que « le développement n’est pas possible avec la corruption » et que la crédibilité de l’action publique dépend de la transparence, de la rigueur budgétaire et de la bonne gouvernance.
Entamée le 6 novembre à Néma, cette visite présidentielle visait à évaluer l’état du développement local, les besoins prioritaires et la qualité des services essentiels dans la région. Après huit étapes successives, Ghazouani a mis en avant à Djigueni une nouvelle méthode de travail : la mise à jour annuelle des besoins de développement dans chaque wilaya, afin d’absorber progressivement toutes les demandes exprimées par les populations.
Le chef de l’État a insisté sur l’importance de la mobilisation efficiente des ressources publiques. Selon lui, la poursuite des réformes engagées ces dernières années — rationalisation de la gestion, discipline budgétaire et lutte accrue contre la corruption — a permis de dégager des marges financières considérables pour financer les programmes prioritaires, et notamment le programme d’urgence de développement local.
Au cœur de son intervention, Ghazouani a rappelé que les politiques publiques et les budgets, aussi ambitieux soient-ils, sont voués à l’échec si la corruption persiste. « Il n’y a pas de développement avec la corruption, pas de justice avec la corruption, et pas de sérieux dans une politique publique qui coexiste avec la corruption ou la protège », a-t-il déclaré.
Il a étendu sa définition de la corruption au-delà du simple détournement de fonds, soulignant qu’elle touche aussi les domaines social, moral, politique et administratif. Pour lui, la lutte contre la corruption financière incombe principalement à l’État, mais les élites intellectuelles, les médias, les leaders d’opinion et les citoyens ont le devoir de combattre toutes ses autres formes.
Pour illustrer l’ampleur du phénomène, le président a cité plusieurs pratiques enracinées : fraude dans la consommation d’eau et d’électricité — où plus de 40 % de la production se perd —, dépôts anarchiques d’ordures, empiétements sur le domaine public, accaparement et non-exploitation de terres agricoles ou pastorales, pêche illicite, destruction du couvert végétal, gaspillage et comportements ostentatoires. Un « système complexe », a-t-il souligné, qui ne peut être éradiqué que par un effort collectif.
Sur le plan judiciaire, Ghazouani a rappelé les avancées réalisées : au cours des dix derniers mois, une dizaine de dossiers ont été transférés à la justice, impliquant près de 70 personnes — dont 20 placées en détention provisoire, 19 sous liberté provisoire et 30 présentées au parquet. Il a réaffirmé que la lutte contre la corruption ne sera jamais instrumentalisée à des fins politiques, assurant que « rien, ni relations politiques, ni liens personnels, ne pourra empêcher l’application de la loi ».
Enfin, le président a mis en avant la numérisation de l’administration comme axe majeur de la stratégie nationale. Grâce à un ministère dédié, des dizaines d’applications et de systèmes numériques ont été déployés, renforçant la transparence, fluidifiant les services publics et améliorant l’efficacité administrative.