Biram Dah Abeid
Biram Dah Abeid s’exprime sur le rapport de la Cour des comptes révélé il y a plus d’une semaine, faisant état de plus de 400 milliards d'ouguiyas, soit plus d’un milliard de dollars détournés. Il alerte sur l’ampleur de la corruption et de la gabegie en Mauritanie, dénonçant les monopoles, le blanchiment et l’impunité au plus haut niveau de l’État.
Lors d’une conférence de presse tenue ce samedi 18 octobre à Paris, le militant et député mauritanien Biram Dah Abeid, président de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA), a tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur de la corruption, de la gabegie et du blanchiment dans le pays, des fléaux qui, selon lui, menacent l’existence même de l’État mauritanien.
La corruption, principal danger pour la Mauritanie
Pour Biram Dah Abeid, la Mauritanie est confrontée à de multiples périls, mais la corruption et la mauvaise gestion demeurent les principaux facteurs d’instabilité. Selon lui, ces pratiques alimentent frustrations et divisions, nourrissent le népotisme et le clientélisme et plongent la majorité de la population dans la pauvreté.
« L’enrichissement spectaculaire et sans cause de certains agents de l’État, notamment via des acquisitions à l’étranger, révèle un système où la prime à l’impunité est la règle. Les responsables détournant des milliards restent rarement inquiétés et continuent d’accéder à des postes clés », a-t-il dénoncé.
Il rappelle que ces pratiques se sont enracinées depuis la décennie du président Mohamed Ould Abdel Aziz et que le phénomène perdure sous l’actuel régime, les clans et tribus se partageant régulièrement les bénéfices de la prédation.
Des exemples concrets de gabegie et de monopoles
Biram Dah Abeid a détaillé plusieurs secteurs stratégiques impactés par la corruption :
1. Les hydrocarbures et ADDAX : le contrat annuel accordé à ADDAX pour l’approvisionnement en produits pétroliers crée un monopole qui prive l’État de centaines de millions de dollars, tandis que la société ne développe pas la capacité de stockage nécessaire. Selon Biram, le manque à gagner pour le pays pourrait atteindre 200 millions de dollars par an.
2. Le port de Ndjago : la convention de financement n’aurait pas été ratifiée par le Parlement, et le port, toujours inopérationnel, représente un coût très élevé pour l’État.
3. Le secteur minier : le Code minier n’est plus respecté, les investisseurs doivent travailler avec des proches du pouvoir. Le cadastre minier, autrefois référence en Afrique, est désormais délabré et concentré sur des entreprises affiliées au régime.
4. Le secteur de la pêche : des armateurs étrangers, en connivence avec des milieux proches du pouvoir, exploitent illégalement les ressources halieutiques, parfois dans des zones protégées, sans subir de sanction.
Un appel solennel à l’action
Biram Dah Abeid a lancé un appel urgent à ses collègues députés, aux médias, aux lanceurs d’alerte et à la société civile :
– Création d’une commission d’enquête parlementaire permanente sur les marchés publics depuis 2019
– Vigilance accrue des partenaires internationaux sur la possible complicité dans le blanchiment et la corruption
– Mobilisation des médias d’investigation pour révéler les détournements et les pratiques illicites
- Recours aux cabinets internationaux spécialisés pour surveiller le crime en col blanc et la mauvaise gouvernance.
« La corruption tue. En Mauritanie, elle détruit la majorité des citoyens à petit feu tout en enrichissant une minorité de privilégiés », a averti Biram Dah Abeid.
Il souligne que la mauvaise gouvernance est directement liée à la dégradation des services publics, à la désertification, à l’insécurité et à l’exode des jeunes. Selon lui, il est crucial que le citoyen comprenne que tous les problèmes du pays ont pour racine la corruption.