Pour la première fois depuis son renversement par un coup d’État le 5 septembre 2021, l’ancien président guinéen Alpha Condé a présenté, mercredi 1er octobre, des excuses publiques pour les victimes des répressions sanglantes enregistrées sous son mandat. Dans un long message publié sur sa page Facebook à l’occasion du 67e anniversaire de l’indépendance de la Guinée, le premier président démocratiquement élu du pays a reconnu des « erreurs et manquements » au cours de ses onze années de pouvoir.
« Je voudrais adresser mes condoléances aux familles des victimes, prier pour le repos de leurs âmes et demander pardon au nom de l’État guinéen », a écrit l’ancien chef de l’État, dans ce qui constitue un rare exercice d’autocritique.
Alpha Condé, qui avait pris les rênes du pays en 2011, a dressé un bilan positif de sa gouvernance, rappelant les avancées réalisées dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agriculture, de la santé et de l’éducation. Il a notamment cité la mise en service des barrages de Kaléta et Souapiti, la modernisation de routes et d’universités, ou encore la création de l’Agence nationale du financement des collectivités (ANAFIC). Selon lui, ces réalisations témoignent de la volonté de « reconstruire l’État » après des décennies de fragilité et de corruption.
Dans le même message, l’ancien président a fustigé la gestion du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), dirigé par le général Mamadi Doumbouya, qui l’a évincé du pouvoir. Condé accuse le gouvernement de Transition d’avoir plongé la Guinée « dans la peur, la corruption et le chômage », dénonçant des « arrestations arbitraires, disparitions forcées et interdictions de manifestations ». Il affirme qu’« aucun projet majeur n’a vu le jour » depuis le coup d’État, accusant les autorités actuelles d’avoir « désorienté » les chantiers entamés sous son régime pour les mettre au service « d’intérêts mafieux ».
Dans un ton résolument combatif, Alpha Condé appelle les Guinéens à l’unité nationale et au rétablissement de l’ordre constitutionnel civil. « La Guinée n’appartient à personne. Elle appartient à son peuple », a-t-il martelé, exhortant à dépasser les divisions ethniques et partisanes. L’ancien président conclut en comparant le combat actuel au « Non » historique de 1958 à la France coloniale, en appelant ses compatriotes à dire « non à la junte barbare » et « oui à la démocratie, à la réconciliation et à l’unité nationale ».