Ousmane Sonko lors de sa conférence de presse du 2 juin 2026 à Dakar, où il a évoqué le « protocole de Cap Manuel ».©️DR
Deux ans après l’alternance historique de 2024, Ousmane Sonko affirme qu’un accord politique conclu avec le président Bassirou Diomaye Faye dans une cellule de prison a servi de fondement à leur accession au pouvoir. Une révélation qui éclaire d’un jour nouveau la rupture entre les deux hommes et soulève des questions sur l’avenir du pouvoir sénégalais.
Au Sénégal, un mystérieux accord baptisé « protocole de Cap Manuel » s’est invité au cœur du débat politique après les révélations fracassantes d’Ousmane Sonko.
Lors d’une conférence de presse tenue le 2 juin à Dakar, l’ancien Premier ministre et président du PASTEF a affirmé qu’un accord politique avait été conclu avec Bassirou Diomaye Faye avant l’élection présidentielle de 2024. Selon lui, cet engagement aurait été scellé alors qu’il était détenu à la prison du Cap Manuel, sous le régime de Macky Sall.
Une décision prise en prison
D’après le récit de Sonko, c’est dans sa cellule qu’il aurait confirmé son choix de soutenir Bassirou Diomaye Faye comme candidat à la magistrature suprême.
L’ancien Premier ministre affirme qu’au même moment, des propositions de report de l’élection présidentielle lui auraient été soumises. Il assure les avoir rejetées, privilégiant une victoire électorale immédiate.
Selon sa version des faits, les deux hommes auraient alors conclu un accord politique définissant la répartition des rôles pour les années à venir : Diomaye Faye porterait la candidature du mouvement, conduirait les réformes les plus sensibles une fois au pouvoir, tandis que Sonko pourrait reprendre le flambeau lors de la présidentielle suivante.
Un mandat présenté comme une transition
Toujours selon Ousmane Sonko, l’échéance présidentielle de 2029 aurait été abordée dès ces discussions à Cap Manuel.
Le leader du PASTEF affirme que Bassirou Diomaye Faye lui aurait présenté son futur mandat comme une phase consacrée aux réformes difficiles, avant une éventuelle transmission du leadership politique.
Sonko soutient même avoir proposé de faire intervenir des témoins afin de formaliser cet engagement. Une proposition qui aurait été rejetée par son futur allié, lequel aurait préféré s’en remettre à une parole donnée entre compagnons de lutte.
Ces affirmations reposent exclusivement sur les déclarations de Sonko. À ce stade, aucune confirmation officielle n’a été apportée par la présidence sénégalaise concernant l’existence ou le contenu d’un tel accord.
Pourquoi cette révélation est-elle importante ?
Au-delà de son caractère spectaculaire, la révélation du « protocole de Cap Manuel » permet de mieux comprendre la crise actuelle entre les deux figures qui ont incarné l’alternance de 2024.
Pendant plusieurs années, Sonko a été considéré comme le principal opposant au régime de Macky Sall. Lorsque sa candidature est devenue impossible, Bassirou Diomaye Faye a été choisi pour porter les couleurs du projet politique du PASTEF et a remporté l’élection présidentielle.
Jusqu’à récemment, les deux hommes apparaissaient comme les deux faces d’un même pouvoir. La nomination d’un nouveau gouvernement et la recomposition de l’exécutif ont toutefois mis en lumière des divergences profondes sur la conduite de l’État et l’équilibre des pouvoirs.
Entre loyauté politique et bataille pour 2029
L’enjeu principal de cette affaire dépasse la seule question d’un accord conclu en prison. Il touche à la succession politique et à la présidentielle de 2029.
En révélant publiquement le contenu supposé du « protocole de Cap Manuel », Sonko semble vouloir rappeler que l’accession de Diomaye Faye au pouvoir s’inscrivait, selon lui, dans une stratégie politique plus large définie avant l’élection.
Pour ses partisans, cette sortie constitue une clarification historique. Pour ses détracteurs, elle traduit l’ampleur de la rupture désormais consommée au sommet de l’État.
Une chose est certaine : deux ans après l’alternance qui avait suscité un immense espoir au Sénégal et bien au-delà de ses frontières, le « protocole de Cap Manuel » est devenu un élément central du débat politique national. Qu’il s’agisse d’un simple engagement moral entre compagnons de lutte ou d’un véritable pacte politique, sa révélation marque un tournant dans les relations entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, et pourrait peser sur les recompositions politiques à venir.