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Diplomatie / Coopération

Sommet Russie-Afrique : Poutine cite Thomas Sankara et relance le débat sur la dette du continent

À Moscou, le président russe a repris une formule historique de Thomas Sankara sur la dette africaine pour dénoncer les mécanismes de dépendance financière. Il a également annoncé un objectif de plus de 50 milliards de dollars d’échanges commerciaux avec l’Afrique et mis en avant des projets dans l’énergie, l’agriculture, la santé et les technologies.

Le président russe Vladimir Poutine a placé la question de la souveraineté économique au cœur de son discours d’ouverture du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique, mercredi 28 octobre à Moscou. Devant les dirigeants et délégations africaines, il a dénoncé ce qu’il considère comme des mécanismes de dépendance financière freinant le développement du continent, accusant certains pays occidentaux de maintenir l’Afrique dans une forme de « servitude de la dette ».

Pour appuyer son argumentation, le chef du Kremlin a cité Thomas Sankara et son discours prononcé en 1987 devant l’Organisation de l’unité africaine (OUA), à Addis-Abeba : « La dette, c’est une conquête savamment organisée de l’Afrique pour que sa croissance et son développement obéissent à des normes qui sont totalement contrôlées. » Vladimir Poutine a estimé que, depuis cette prise de position de l’ancien président burkinabè, « peu de choses ont évolué ».

Sur le plan commercial, le président russe a indiqué que les échanges entre la Russie et les pays africains avaient dépassé 27 milliards de dollars en 2025, contre 18 milliards en 2022. Il a fixé l’objectif de porter ce volume à plus de 50 milliards de dollars dans un avenir proche. Il a également défendu une place accrue de l’Afrique au sein du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, ainsi que le développement des paiements en monnaies nationales et des mécanismes financiers panafricains.

L’agriculture constitue un autre axe majeur de cette coopération. Selon les chiffres avancés par Poutine, la Russie a fourni 13 millions de tonnes de produits agricoles à l’Afrique au cours des neuf premiers mois de 2026. Plus de 40 pays africains bénéficieraient déjà de livraisons russes de céréales et d’engrais. Moscou propose aussi de développer des partenariats portant sur les semences, les équipements agricoles, le stockage et la transformation des produits, avec l’objectif affiché de renforcer la sécurité alimentaire et les capacités de production locales.

Dans le secteur énergétique, Poutine a fait état de plus de 30 projets menés avec 16 pays africains, sans annoncer de montant global d’investissement correspondant. Il a évoqué la construction et la modernisation d’infrastructures, ainsi que le partage de technologies dans la gestion de l’eau, l’irrigation et les transports. En matière de santé, il a annoncé la prolongation jusqu’en 2029 d’un programme russe de lutte contre les maladies infectieuses en Afrique. Selon ses chiffres, 15 laboratoires mobiles ont été livrés à huit pays et environ 450 spécialistes africains ont été formés.

Le président russe a également proposé d’élargir le transfert de compétences numériques, notamment dans l’intelligence artificielle et les services publics. Il a rappelé qu’environ 40 000 étudiants africains poursuivaient leurs études dans les universités russes. Présentant la Russie comme un partenaire privilégiant, selon lui, la transformation locale des ressources plutôt que leur simple extraction, il a affirmé que les entreprises russes contribuaient à créer des emplois et des recettes fiscales sur le continent.

Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie de Moscou visant à approfondir ses relations politiques et économiques avec les pays africains, alors que les grandes puissances rivalisent pour renforcer leur présence sur le continent et développer leurs partenariats commerciaux et industriels.

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