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Gouvernance

Mauritanie : des ONG dénoncent l’arrestation de militants anti-esclavagistes et de lanceuses d’alerte

L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains accuse les autorités mauritaniennes de harcèlement judiciaire après l’arrestation de plusieurs militants de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) et de deux lanceuses d’alerte. Ces poursuites seraient liées à la dénonciation d’un cas présumé d’esclavage impliquant une mineure à Nouakchott.

L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, un programme conjoint de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a dénoncé l’arrestation et la détention de huit personnes engagées dans la lutte contre l’esclavage en Mauritanie.

Dans un communiqué daté du 6 mars 2026 et transmis à la rédaction de TRUST, l’organisation évoque des arrestations et poursuites judiciaires qu’elle qualifie d’arbitraires visant six membres de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), dont une journaliste, ainsi que deux lanceuses d’alerte. Selon l’Observatoire, ces mesures seraient directement liées à la dénonciation d’un cas présumé d’esclavage impliquant une fillette de 11 ans à Nouakchott.

L’affaire remonte au 4 février 2026, lorsque des militants de l’IRA ont rendu publiques des allégations selon lesquelles une jeune fille issue de la communauté haratine aurait été maintenue en servitude domestique par un couple dans la capitale mauritanienne. Les autorités auraient ouvert une enquête et brièvement placé en garde à vue les personnes suspectées avant de les relâcher.

Deux jours plus tard, des militants se sont rassemblés devant le commissariat de Dar Naïm 2 à Nouakchott pour exiger la poursuite des investigations et la protection de la victime présumée. Selon l’Observatoire, le rassemblement aurait été dispersé par la police, faisant plusieurs blessés parmi les manifestants.

Dans ce contexte, la journaliste et membre de la commission communication de l’IRA Warda Souleymane a été arrêtée après avoir dénoncé sur les réseaux sociaux les violences policières et les conditions de détention de certains militants. Elle est poursuivie pour « diffusion de fausses informations » à la suite d’une plainte déposée par la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA) et demeure détenue à la prison des femmes de Nouakchott.

D’autres militants ont été interpellés dans les jours suivants. Le 13 février, Lemrabet Mahmoud, chef de la section de l’IRA à Nouadhibou, a été arrêté après avoir critiqué l’arrestation de la journaliste sur les réseaux sociaux. Il a été condamné le 5 mars par le tribunal de Nouadhibou à un an de prison avec sursis pour incitation à la haine et diffusion de contenus jugés haineux.

Le 16 février, six autres personnes – deux lanceuses d’alerte et quatre membres de l’IRA – ont également été arrêtées après une convocation à la police de Dar Naïm. Inculpées notamment pour « diffusion de fausses informations » et « association de malfaiteurs », elles ont été placées sous mandat de dépôt après leur comparution devant un juge d’instruction du tribunal de Nouakchott Nord.

L’Observatoire affirme que la procédure aurait été marquée par plusieurs irrégularités, évoquant notamment des difficultés d’accès à l’assistance juridique et aux soins médicaux pour certains détenus. L’organisation rappelle que la Mauritanie est signataire de plusieurs conventions internationales contre la torture et s’est engagée à prévenir ces pratiques.

Les ONG soulignent que ces arrestations s’inscrivent dans un contexte de pressions récurrentes contre les militants engagés dans la lutte contre l’esclavage, malgré l’abolition officielle de cette pratique en 1981 et sa qualification de crime contre l’humanité par une loi adoptée en 2015.

L’Observatoire appelle ainsi les autorités mauritaniennes à libérer les personnes détenues, abandonner les poursuites engagées contre elles et garantir aux défenseurs des droits humains la possibilité d’exercer leurs activités sans entrave ni représailles.

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