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Finance

La Mauritanie défend une approche souveraine et maîtrisée du financement des infrastructures africaines à la BAD

À l’occasion des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville, le ministre mauritanien de l’Économie a présenté la vision de Nouakchott sur le recyclage des actifs publics, tout en alertant sur les risques d’une dépendance financière mal encadrée.

Le ministre des Affaires économiques et du Développement, M. Abdallahi Souleymane Cheikh Sidiya, a participé lundi à une table ronde de haut niveau organisée dans le cadre des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), autour du thème : « Transformer les actifs publics en capital : débloquer le pipeline du recyclage des actifs en Afrique ».

Cette rencontre, organisée conjointement par la BAD et la plateforme d’investissement Africa50, a réuni plusieurs responsables africains de premier plan, parmi lesquels le président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, le directeur exécutif de la plateforme ainsi qu’un parterre de ministres africains de l’Économie et des Finances.

Dans son intervention, le ministre mauritanien a présenté le recyclage des actifs publics comme l’une des réponses les plus innovantes aux défis du financement des infrastructures en Afrique, dans un contexte marqué par l’ampleur des besoins, la pression sur les finances publiques et les impératifs de soutenabilité de la dette.

Il a expliqué que ce mécanisme consiste à valoriser des infrastructures publiques matures et génératrices de revenus — notamment les ports, aéroports, réseaux énergétiques ou infrastructures de télécommunications — à travers des concessions de long terme accordées au secteur privé. L’objectif étant de mobiliser de nouvelles ressources destinées au financement de projets structurants prioritaires.

Le ministre a toutefois insisté sur le fait qu’il ne s’agit nullement d’une privatisation des actifs publics, précisant que la propriété des infrastructures demeure celle de l’État, tandis que l’exploitation et certains risques opérationnels sont confiés à des partenaires spécialisés dans une logique d’efficacité et de performance.

Selon lui, ce modèle présente plusieurs avantages majeurs, notamment la possibilité de financer les infrastructures sans accroître significativement l’endettement public, tout en améliorant la performance des actifs existants grâce à l’expertise du secteur privé.

Évoquant l’expérience mauritanienne, le ministre a rappelé que, sous l’impulsion du président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Mokhtar Ould Diay a engagé une stratégie visant à faire du secteur privé un levier central de transformation économique et de développement durable.

Dans ce cadre, il a mis en avant plusieurs réformes structurelles destinées à améliorer durablement le climat des affaires et renforcer l’attractivité de l’économie nationale, citant notamment l’adoption d’un nouveau Code des investissements, la promulgation d’une loi moderne sur les partenariats public-privé ainsi que la création de l’Autorité de régulation des marchés financiers, saluée par le Fonds monétaire international.

Le ministre a également évoqué le renforcement du Centre de médiation et d’arbitrage ainsi que l’adoption d’un nouveau Code de la commande publique afin de consolider la transparence, la sécurité juridique et la confiance des investisseurs.

Dans une intervention marquée par une forte dimension stratégique, M. Abdallahi Souleymane Cheikh Sidiya a appelé à une gouvernance rigoureuse des mécanismes de financement innovants. Il a estimé que leur efficacité dépend avant tout de l’existence de cadres juridiques solides, de capacités institutionnelles renforcées et d’une gouvernance transparente garantissant l’équilibre entre intérêt public et rentabilité économique.

Le ministre a particulièrement insisté sur la nécessité d’une gestion prudente des risques liés aux actifs publics afin d’éviter le financement de projets à faible rentabilité susceptibles de fragiliser les équilibres macroéconomiques et de compromettre les trajectoires de développement.

Il a également mis en garde contre les risques de dépendance pouvant découler de certains financements extérieurs mal encadrés, rappelant que des ressources financières insuffisamment maîtrisées peuvent parfois conduire à des formes de tutelle financière, voire politique.

En conclusion, le ministre a salué le rôle joué par la BAD et la plateforme Africa50 dans la promotion de solutions innovantes au service du financement du développement africain, appelant ces institutions à renforcer leur accompagnement technique et juridique auprès des États africains afin de garantir une mise en œuvre efficace, équilibrée et durable des mécanismes de recyclage des actifs publics.

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