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Biram Dah Abeid

Mauritanie – Qatargate : Biram Dah Abeid, victime collatérale d’un lobbying visant à l’écarter du prix Sakharov

Un réseau d’influence mêlant eurodéputés, diplomates et intérêts mauritaniens aurait saboté la candidature de Biram Dah Abeid au prix Sakharov, tandis que l’ex-ambassadeur Ould Kebd est désormais rattrapé par la justice belge dans le dossier Qatargate.

Selon des documents consultés par Politico et des révélations du journal belge Le Soir, l’affaire Qatargate met en lumière un système d’influence tentaculaire ayant impacté à la fois les institutions européennes et des personnalités mauritaniennes. L’activiste Biram Dah Abeid aurait été écarté en 2020 du prestigieux prix Sakharov, tandis que l’ancien ambassadeur de Mauritanie en Belgique, Abdellahi Ould Kebd, est aujourd’hui visé par des mandats d’arrêt dans ce même dossier.

Le député et militant anti-esclavagiste Biram Dah Abeid s’est dit « choqué » après les révélations de Politico indiquant qu’il aurait été délibérément évincé de la liste des candidats au prix Sakharov en 2020. Selon des documents obtenus par le média, l’ancien eurodéputé Pier Antonio Panzeri et son ex-assistant Francesco Giorgi, tous deux mis en cause dans le Qatargate, auraient exercé des pressions pour bloquer sa candidature. Un fichier interne daté du 9 septembre 2020 mentionne explicitement « Birame est exclu des trois finalistes du groupe S&D ». Cette révélation confirme qu’un travail d’influence souterrain a pesé sur la sélection finale du prix.

D’après Politico, Panzeri a affirmé à la police que lui et Giorgi avaient reçu chacun 100 000 euros de la Mauritanie entre 2019 et 2022 afin de mener un lobbying favorable au régime mauritanien auprès des institutions européennes. Giorgi conteste ce montant, affirmant n’avoir reçu qu’un loyer mensuel payé par l’ambassade mauritanienne. Des documents de police montrent que cet accord aurait été conclu dès la fin 2018 lors d’une rencontre avec l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, dans l’objectif de s’assurer que l’Union européenne ne critique pas la Mauritanie.

Réagissant à ces révélations, Biram Dah Abeid affirme à Politico que « l’image du prix Sakharov a été très durement touchée » et que l’affaire montre désormais comment le prix pourrait être soumis à des négociations entre acteurs puissants. Il rappelle avoir rencontré Panzeri à plusieurs reprises entre 2013 et 2019 et assure que l’argent, « surtout l’argent corrompu », peut influencer l’attribution du prix. Biram, déjà présélectionné en 2018, estime qu’il avait en 2020 « une chance réelle » de remporter le prix.

En parallèle des révélations de Politico, l’affaire Qatargate touche également la diplomatie mauritanienne. Le journal Le Soir révèle dans son édition du 27 novembre 2025 que l’ancien ambassadeur de Mauritanie en Belgique et auprès de l’Union européenne, Abdellahi (Abdallah) Ould Kebd, est visé par un mandat d’arrêt européen et international. Il est inculpé de corruption active et de blanchiment d’argent. Le journal précise qu’il n’a jamais répondu aux convocations du juge d’instruction belge, invoquant son immunité diplomatique. Moins de trois semaines après l’émission des mandats, il a été muté au Japon.

Selon Le Soir, l’enquête belge constitue un véritable défi diplomatique : la justice doit composer à la fois avec l’immunité parlementaire des eurodéputés impliqués dans le Qatargate et avec celle de diplomates étrangers, comme le représentant marocain en Pologne Abderrahim Atmoun et Abdellahi Ould Kebd pour la Mauritanie. Le média Kassataya, reprenant les informations de Le Soir, confirme que la justice belge a tenté à plusieurs reprises d’interroger le diplomate mauritanien, sans succès. Face à son refus de coopérer, le juge a émis les mandats d’arrêt. Le dossier, qui dépasse désormais les seules questions d’ingérence ou de financement étranger, est devenu un test diplomatique majeur pour les autorités belges.

Les deux volets de l’affaire — l’éviction de Biram Dah Abeid du prix Sakharov et l’implication présumée de l’ancien ambassadeur Ould Kebd — révèlent un système d’influence complexe, au sein duquel des acteurs européens auraient servi d’intermédiaires pour des opérations de lobbying liées à la Mauritanie. Dans ce jeu opaque, certains apparaissent comme victimes, à l’image de Biram Dah Abeid, tandis que d’autres sont aujourd’hui directement mis en cause, comme Abdellahi Ould Kebd.

Washington, 30 juin 2016. Le Secrétaire d’Etat américain John Kerry remet un prix à Biram Dah Abeid au cours d’une cérémonie. ©️REUTERS/Kevin Lamarque

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