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Biram Dah Abeid

Mauritanie : l’IRA dénonce une “épuration financière” du passif humanitaire et réclame vérité, justice et restitution

Le mouvement abolitionniste appelle à un dialogue national et rejette la tentative de règlement pécuniaire du dossier des victimes des années 1986-1991.

L’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA-Mauritanie), dirigée par Biram Dah Abeid, a publié un communiqué virulent depuis Bruxelles le 23 octobre 2025, dénonçant ce qu’elle qualifie de « nouvelle tentative de l’État mauritanien de solder le dossier du passif humanitaire à sa manière ». Cette réaction intervient après les révélations sur un projet gouvernemental visant à consacrer environ 26 milliards d'ouguiyas, soit près de 690 millions de dollars américains, à l’indemnisation des victimes des événements de 1989-1991.

Selon l’IRA, cette démarche constitue une « édition » d’une politique d’« achat du silence » qui ne répond ni à l’exigence de vérité ni à celle de justice.

Un passé douloureux toujours en suspens

Entre 1986 et 1991, sous le régime du colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, la Mauritanie a connu une série de massacres, déportations et expropriations visant principalement les populations négro-mauritaniennes du sud du pays. L’IRA parle d’un « essai d’épuration ethnique » fondé sur des critères de langue, de culture et d’identité.

Depuis la chute du régime en 2005, plusieurs gouvernements ont tenté de tourner la page de ce drame, mais sans jamais traduire en justice les auteurs des crimes, malgré leur identification. L’organisation dénonce une impunité « couverte par la solidarité tribale », qui, selon elle, « fait obstacle à l’égalité des citoyens devant la loi ».

26 milliards d’ouguiyas pour apaiser les plaies ou les étouffer ?

Le gouvernement mauritanien envisage de consacrer environ 26 milliards d’ouguiyas à une nouvelle phase de compensations financières. D’après les informations obtenues par TRUST Magazine (voir notre édition du 19 octobre 2025), cette initiative vise à reconnaître les souffrances des victimes du conflit sénégalo-mauritanien et à contribuer à la réconciliation nationale.

Cependant, pour Biram Dah Abeid et son mouvement, cette approche reste insuffisante : « La formule de la rançon en contrepartie du silence n’est pas nouvelle. En Mauritanie, elle arrive à sa troisième édition, sans convaincre ni satisfaire », déplore le communiqué.

L’IRA estime que la réparation ne saurait se limiter à des compensations financières et appelle à un processus global inspiré des modèles marocain et sud-africain de justice transitionnelle.

Trois exigences majeures pour une véritable réconciliation

Dans son communiqué, l’IRA énumère trois axes non négociables pour tout règlement durable du passif humanitaire :
1. Un dialogue social national consacré à la vérité, à la reconnaissance et à la réconciliation autour des violations commises entre 1986 et 1991. Ce dialogue devrait aboutir à une feuille de route consensuelle, élaborée « dans le double souci de cicatriser et de réconcilier ».
2. La vérité, la mémoire et l’éducation, avec :
– la publication officielle des faits et des responsabilités 
– l'intégration de cette histoire dans les programmes scolaires 
– l'instauration d’une journée nationale contre les discriminations 
- l’érection d’un monument à la mémoire des victimes au cœur de Nouakchott.
3. La restitution des terres spoliées dans la vallée du fleuve Sénégal et l’indemnisation équitable des propriétaires évincés, avec un accompagnement agricole d’au moins dix ans. L’IRA met en garde contre « les convoitises de l’agro-business étranger » qui profiterait actuellement de ces terres, souvent au détriment des populations locales.

“La réconciliation ne se décrète pas, elle se construit”

L’organisation souligne que la paix civile et la cohésion nationale ne peuvent être garanties que par une volonté politique réelle du pouvoir exécutif, agissant dans un esprit d’inclusion et de transparence.

« Le règlement du passif humanitaire ne peut aboutir que dans le respect de la vérité et de la dignité des victimes. La réconciliation ne se décrète pas, elle se construit », rappelle l’IRA.

Un débat national relancé

Cette sortie du mouvement abolitionniste intervient alors que le dossier du passif humanitaire refait surface dans l’agenda politique mauritanien. Si l’État semble vouloir franchir un pas financier, l’IRA et ses alliés estiment qu’aucune réconciliation durable ne peut être atteinte sans justice, vérité et reconnaissance historique.

Ce communiqué relance donc un débat fondamental : celui de la mémoire, de la justice transitionnelle et de la cohésion nationale dans un pays toujours marqué par les fractures de son histoire récente.

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