Face à un rapport accablant sur la gestion des deniers publics, l’exécutif prépare une série de sanctions administratives et disciplinaires. Une réponse attendue à des détournements estimés à plusieurs milliards d’ouguiyas.
Le ton est désormais à la fermeté. Après plusieurs jours de silence, le gouvernement mauritanien a décidé de réagir aux graves irrégularités révélées par le rapport annuel 2022-2023 de la Cour des comptes. Réuni ce mardi 14 octobre à la Primature, le Premier ministre Mokhtar Ould Diay a convoqué les ministres et les directeurs des établissements publics épinglés pour définir les mesures à adopter face aux fautes de gestion signalées par la juridiction financière.
Le chef du gouvernement a demandé à chaque département de soumettre, avant le 17 octobre, un plan d’action détaillé précisant le calendrier de mise en œuvre des recommandations, l’identité des responsables impliqués et les sanctions proposées. Les ministres ont reçu pour instruction d’exécuter sans délai les mesures relevant de leur compétence et de soumettre au Conseil des ministres les dossiers nécessitant un arbitrage collectif.
Cette décision intervient après les critiques publiques ayant suivi la publication du rapport de la Cour des comptes, perçu comme un réquisitoire sévère contre la gouvernance publique. Ce document, remis au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, met en lumière des irrégularités massives, des détournements de fonds et des dysfonctionnements graves dans plusieurs secteurs stratégiques : énergie, santé, mines, infrastructures et finances publiques.
Une réaction gouvernementale longtemps attendue
La réaction du gouvernement était très attendue, tant l’opinion publique s’indigne face à l’ampleur des montants détournés. Sur les réseaux sociaux, la colère monte, les citoyens réclament des sanctions exemplaires et une fin de l’impunité.
Lors de sa conférence de presse, le président de la Cour des comptes, Hmeyda Ahmed, a tenu à rappeler que l’institution agit « en toute indépendance », soulignant que le rapport ne vise pas à stigmatiser, mais à corriger les défaillances systémiques et à renforcer la transparence dans la gestion des affaires publiques.
Néanmoins, le contenu du rapport a fait l’effet d’une bombe. Des irrégularités de plusieurs milliards d’ouguiyas auraient été constatées, notamment dans des projets d’infrastructures, des achats publics non conformes et des dépenses sans justificatifs. Dans le secteur de la santé, par exemple, des équipements médicaux coûteux auraient été acquis sans nécessité, tandis que d’autres sont restés inutilisés.
Vers une phase d’assainissement ?
La Primature a précisé que la Présidence de la République assurera un suivi rigoureux de la mise en œuvre des mesures correctives et exigera des rapports d’étape périodiques au Conseil des ministres. Cette initiative marque le début d’une phase d’assainissement et de redevabilité dans la gestion publique.
Mais au-delà des annonces, la question centrale demeure : les responsables seront-ils réellement sanctionnés ? Car, dans un pays où la corruption a longtemps prospéré à l’abri de l’impunité, la population attend des actes forts et non de simples promesses administratives.
Le rapport de la Cour des comptes constitue un test politique majeur pour le président Ghazouani, confronté à une opinion publique de plus en plus exigeante en matière de transparence et de justice sociale. Sa capacité à traduire ces recommandations en réformes concrètes pourrait redéfinir la perception de son mandat.
Mokhtar Ould Diay, Premier ministre mauritanien