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Finance

Mauritanie : la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme, les finances publiques en péril

Corruption systémique, contrats douteux, gaspillages à grande échelle : le rapport 2022-2023 de la Cour des comptes mauritanienne fait l’effet d’une bombe dans un pays déjà fragilisé par la défiance sociale et la misère économique.

En Mauritanie, le dernier rapport de la Cour des comptes pour les années 2022 et 2023, remis cette semaine au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, provoque une onde de choc. Selon les révélations de nos confrères SaharaMedia, ce document met en lumière de graves irrégularités dans la gouvernance, la gestion des deniers publics et le contrôle financier, un constat sans appel sur la vulnérabilité du système administratif mauritanien.

Des irrégularités à tous les étages

Des dysfonctionnements ont été relevés dans des secteurs clés : pétrole, mines, santé, énergie et infrastructures. Le rapport dénonce notamment le non-respect des procédures formelles dans les contrats d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures, ainsi qu’un suivi défaillant des obligations financières des compagnies opératrices. Pire encore, la Cour constate que la contribution de ces sociétés à la formation des cadres nationaux demeure « quasi inexistante », en dépit des engagements contractuels.

Côté environnement, le constat est tout aussi alarmant : les risques écologiques liés aux activités minières sont insuffisamment pris en compte, une faille majeure dans un pays où le secteur extractif représente un pilier économique.

Santé publique : dérives et gaspillage

Le ministère de la Santé n’échappe pas au blâme. Le rapport de la Cour évoque des demandes illégales de remboursement, des accords à l’amiable conclus sans base légale et surtout l’achat d’équipements médicaux « non requis »… jamais utilisés.
Un symbole du gaspillage des ressources publiques, alors même que les hôpitaux du pays manquent de matériel essentiel et que les citoyens peinent à accéder à des soins de qualité.

Institutions financières et entreprises publiques sous tension

Le rapport met également en garde contre la fragilité de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), dépourvue de plan comptable spécifique et de base de données fiable sur les cotisants. Une situation jugée « critique » pour la continuité du service public.

Quant à la Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC), la Cour relève un rendement commercial catastrophique : seulement 53 % de taux de recouvrement des créances, loin de l’objectif de 95 % fixé pour 2023. Une faiblesse qui pèse lourdement sur les finances publiques.

Des chantiers d’infrastructures au bord du scandale

Dans le secteur des travaux publics, le rapport cite en exemple le projet routier Néma–Bassiknou–Fassala. Retards inexpliqués, paiements effectués pour des travaux non réalisés, absence de sanctions contre les entreprises fautives : une accumulation de défaillances qui témoigne d’une culture d’impunité profondément enracinée.

Un avertissement au sommet de l’État

Le rapport tire une sonnette d’alarme : les deniers publics sont en danger.
La Cour des comptes exhorte les autorités à renforcer les mécanismes de contrôle interne, à améliorer la fiabilité des prévisions budgétaires et à corriger sans délai les irrégularités relevées dans chaque département.
Un message clair adressé au plus haut niveau de l’État, alors que la transparence et la rigueur budgétaire deviennent des exigences nationales.

Le président de la Cour, Hemeyda Ould Ahmed Taleb, a souligné que la publication de ce rapport annuel s’inscrivait dans une nouvelle dynamique de transparence et de reddition des comptes. Il a rappelé la création d’un centre de formation pour juges financiers, le recrutement de nouveaux magistrats et l’adoption d’un manuel de contrôle harmonisé conforme aux standards internationaux.

Un test politique pour le président Ghazouani

Ce rapport désormais entre les mains du chef de l’État représente un moment de vérité. Dans un contexte de tensions sociales croissantes et de défiance envers les institutions, la population réclame des sanctions exemplaires et des réformes structurelles profondes.

Sur les réseaux sociaux mauritaniens, la colère gronde, les internautes exigent des comptes et dénoncent une élite politique « coupée de la réalité du peuple ». Pour beaucoup, cette publication illustre ce que tous savaient déjà, mais que peu osaient écrire : la corruption est devenue un fléau national.

Le pays est désormais à la croisée des chemins. Entre le choix du sursaut républicain et celui du statu quo. 

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