Dr Muhammad Gambo, responsable des politiques, de la recherche et des partenariats à la Banque de développement Shelter Afrique.
Le changement climatique constitue l’un des plus grands défis contemporains pour l’Afrique. Ses effets se manifestent chaque jour par des vagues de chaleur, des inondations, des cyclones ou encore des sécheresses prolongées, impactant directement les communautés et fragilisant les économies. Les villes africaines, en pleine croissance démographique et urbaine, se retrouvent en première ligne de cette crise.
Selon l’Organisation météorologique mondiale, sept des dix pays les plus vulnérables au changement climatique se trouvent sur le continent africain, alors que l’Afrique ne contribue qu’à hauteur de 4 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cette disproportion illustre une injustice climatique qui menace les perspectives de développement durable du continent.
L’urbanisation africaine sous pression
D’après l’OCDE, l’Afrique subsaharienne connaît aujourd’hui le taux d’urbanisation le plus rapide au monde, avec 500 millions de citadins et une croissance annuelle de 4,1 %, soit deux fois la moyenne mondiale. À l’horizon 2050, plus de 60 % des Africains vivront en ville.
Cette urbanisation accélérée exacerbe les défis structurels existants : insuffisance des infrastructures, chômage, insécurité foncière, et difficultés d’accès à l’eau, à l’énergie et à l’assainissement. Environ 56 % des populations urbaines africaines vivent dans des quartiers informels, selon les rapports 2024 de l’African Cities Research Consortium et de Brookings.
Dans ce contexte, le changement climatique accentue encore la vulnérabilité des villes africaines, menaçant la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) et des ambitions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Le rôle clé du Fonds pour les pertes et dommages
Face à cette urgence, la création du Fonds pour la réponse aux pertes et dommages (FRLD) lors de la COP27 représente une avancée majeure. Destiné à soutenir financièrement les pays vulnérables affectés par les catastrophes climatiques, ce mécanisme pourrait constituer un levier stratégique pour l’Afrique.
Le Fonds peut notamment :
- Soutenir la reconstruction et l’adaptation : financer des infrastructures résilientes telles que logements abordables et résistants aux catastrophes, systèmes de drainage modernes ou encore réseaux d’eau et d’assainissement durables.
- Renforcer l’inclusion sociale : accompagner les communautés des quartiers informels, souvent les plus touchées, afin de leur offrir des solutions d’adaptation et d’améliorer leurs conditions de vie.
- Appuyer la gouvernance locale : former les dirigeants municipaux, renforcer la gestion des catastrophes et encourager des partenariats climatiques efficaces.
Au-delà de la réponse aux urgences, ce fonds peut contribuer à « reconstruire en mieux », en transformant les villes africaines en pôles de durabilité et d’innovation.
Une opportunité historique pour l’Afrique
Comme le rappelle António Guterres, secrétaire général des Nations unies, « l’Afrique est en première ligne de la crise climatique. Il est temps d’agir. »
Le FRLD offre au continent une opportunité unique non seulement de limiter les dégâts liés au climat, mais aussi de réinventer ses villes pour en faire des espaces inclusifs, durables et résilients. Le succès de ce mécanisme dépendra toutefois de sa gouvernance, des critères d’allocation des fonds et de leur adaptation aux réalités locales.
« La concrétisation de ce potentiel dépendra d’une planification minutieuse et d’une collaboration efficace afin de garantir que le Fonds profite à ceux qui en ont le plus besoin », souligne le Dr Muhammad Gambo, responsable des politiques, de la recherche et des partenariats à la Banque de développement Shelter Afrique.