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Économie

Abiy Ahmed, Premier ministre éthiopien.©️DR

Éthiopie : le Premier ministre Abiy Ahmed engage le pays vers l’impression locale de sa monnaie

En annonçant le développement d’une capacité nationale d’impression du birr sous la houlette de Ethiopian Investment Holdings (EIH), le Premier ministre Abiy Ahmed acte une rupture majeure avec la dépendance aux imprimeurs étrangers. Une décision à forte portée économique et politique, au cœur d’une stratégie visant à faire d’EIH un pilier central de l’économie éthiopienne d’ici 2030.

Lors de la conférence Finance Forward Ethiopia 2026, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a officialisé une orientation stratégique majeure : l’Éthiopie va développer sa propre capacité nationale d’impression de monnaie. Jusqu’ici confiée à des entreprises étrangères, notamment la britannique De La Rue, la fabrication du birr sera désormais intégrée au portefeuille stratégique de Ethiopian Investment Holdings (EIH), le holding public chargé de gérer les actifs clés de l’État.

Cette décision répond à plusieurs objectifs clairement affichés par les autorités. Il s’agit d’abord de réduire les coûts liés à l’impression à l’étranger, notamment les dépenses de transport, d’assurance et de logistique, mais aussi de limiter les risques sécuritaires et opérationnels associés à une chaîne d’approvisionnement externe. En toile de fond, le gouvernement éthiopien entend renforcer sa souveraineté sur un instrument central de la politique monétaire, dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et les fragilités des chaînes globales.

Créée en 2021, Ethiopian Investment Holdings s’impose progressivement comme le bras économique de l’État. Le holding public gère aujourd’hui plus de quarante entités opérant dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les télécommunications, les transports, la finance, l’industrie ou encore les ressources minières. Les autorités projettent qu’EIH contribue à hauteur d’environ 20 % du PIB éthiopien à l’horizon 2030, une ambition qui ferait du groupe l’un des piliers majeurs de l’économie nationale.

L’impression locale de la monnaie s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation économique portée par EIH. Le holding développe parallèlement une grande raffinerie d’or afin de mettre fin à l’exportation du métal à l’état brut et de capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Il est également engagé dans des projets liés au numérique et aux infrastructures technologiques, incluant des partenariats autour des data centers et des technologies émergentes, dans une optique de diversification et de modernisation de l’économie.

Sur le plan politique, cette annonce s’inscrit dans la continuité des grands chantiers lancés par Abiy Ahmed pour renforcer les « capacités souveraines » du pays, aux côtés d’autres projets structurants tels que le renforcement du fonds souverain, les infrastructures de classe internationale ou encore la stratégie d’ouverture économique régionale. Sur le plan monétaire, si la production locale du birr ne constitue pas une solution immédiate aux défis d’inflation ou de crédibilité de la monnaie nationale, elle permet néanmoins de réduire la vulnérabilité externe liée à la fabrication physique de la monnaie et de renforcer symboliquement l’autonomie de l’État.

À court terme, la fin de la dépendance aux imprimeurs étrangers devrait générer des économies en devises et améliorer la sécurité de la chaîne monétaire. À plus long terme, le projet pourrait favoriser la création d’emplois qualifiés, stimuler les chaînes de valeur locales et renforcer la contribution d’EIH à la croissance nationale. Le chantier n’est toutefois pas exempt de défis, notamment en raison des investissements initiaux élevés, des exigences technologiques strictes et de la nécessité de former un personnel hautement qualifié pour garantir des standards élevés de sécurité et de qualité.

En optant pour l’impression locale de sa monnaie, l’Éthiopie rejoint ainsi le cercle restreint des pays africains qui assurent déjà eux-mêmes la fabrication de leur monnaie. Ce choix vise principalement à renforcer la souveraineté économique, à réduire les coûts à long terme et à limiter les risques liés à la dépendance à des prestataires étrangers.

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