Pr Serge Bayala, expert burkinabé en gestion financière et nouveau président de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES).©️DR
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger lancent une initiative stratégique pour renforcer l’autonomie économique de l’espace sahélien.
Le professeur Balibié Serge Auguste Bayala, expert burkinabé en gestion financière, a été officiellement nommé lundi 9 février président de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID‑AES), institution phare de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette nomination survient quelques semaines après la première réunion du conseil d’administration de la banque, tenue à Bamako.
Créée lors du sommet fondateur de l’AES en 2025, la BCID‑AES a pour objectif de financer les projets prioritaires des États membres sans dépendre exclusivement des institutions financières occidentales. Avec un capital initial de 500 milliards FCFA, la banque vise à mobiliser 1 000 milliards FCFA d’ici 2027, via des contributions nationales et des partenariats stratégiques, notamment avec la Russie, la Chine et la Turquie.
La mission de la BCID‑AES est claire : développer les infrastructures régionales (routes transsahéliennes, énergie solaire), soutenir l’industrialisation (agroalimentaire, mines) et favoriser l’intégration économique pour renforcer la souveraineté de l’AES face aux sanctions et contraintes post-coups d’État.
Le professeur Balibié, titulaire d’un doctorat en gestion financière, cumule plus de vingt ans d’expérience dans la gouvernance d’institutions publiques et régionales. Il a notamment contribué à la création de la Caisse des Dépôts et d’Investissements du Burkina Faso, dirigé le CESAG à Dakar, et occupé des postes clés à la BCEAO, consolidant la stabilité monétaire dans l’espace UEMOA. Sa mission principale sera d’opérationnaliser la BCID‑AES, d’attirer des investisseurs alternatifs et d’assurer une gouvernance rigoureuse, condition indispensable pour crédibiliser cette institution dans la région et à l’international.
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie géopolitique plus large : en réponse au retrait progressif de l’UEMOA et face aux défis sécuritaires, l’AES cherche à développer une autonomie financière et économique. La réussite de la BCID‑AES pourrait notamment permettre le financement de corridors routiers Mali-Burkina-Niger, boostant le commerce intra-AES, actuellement inférieur à 10% des échanges régionaux.
Cependant, le projet devra faire face à plusieurs défis : le capital de départ relativement faible, la fragilité sécuritaire liée aux groupes armés dans la région (JTIM) et la coordination entre gouvernements militaires des États membres.
La BCID‑AES a été officiellement créée le 11 décembre 2025, à l’issue de la validation des statuts par les ministres de l’Économie et des Finances des trois pays à Bamako, puis inaugurée le 23 décembre 2025 par les chefs d’État, marquant ainsi le lancement opérationnel de la banque et son rôle stratégique pour l’avenir économique sahélien.