Candidate mauritanienne au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Coumba Bâ expose ses priorités à quelques jours du 20ᵉ Sommet de la Francophonie. Reconquête du français, coopération numérique, relance du multilatéralisme et rapprochement avec les pays de l’Alliance des États du Sahel figurent au cœur de son projet.
À l’approche de l’élection du prochain secrétaire général de l’OIF, la candidate mauritanienne Coumba Bâ a détaillé sa vision de l’avenir de l’organisation dans un entretien accordé au média canadien ONFR, publié le 2 novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge.
Médecin, diplomate et ancienne ministre, elle défend une Francophonie davantage tournée vers les résultats, capable de renforcer son influence internationale et de répondre aux nouveaux défis linguistiques, technologiques et géopolitiques.
Sur la place du français, Coumba Bâ plaide pour un programme de reconquête linguistique reposant notamment sur la production de contenus francophones, leur visibilité sur les plateformes numériques et le développement de ressources de qualité pour l’intelligence artificielle. Elle insiste également sur la nécessité de renforcer les industries culturelles et créatives, qu’elle considère comme des leviers d’influence, d’emploi et de développement économique.
Sur le plan diplomatique, la candidate mauritanienne réaffirme son attachement au multilatéralisme et à la concertation entre les États. Elle souhaite notamment engager, dès les premières heures de son éventuel mandat, un travail de rapprochement avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), tout en rappelant que le respect de la Charte de la Francophonie et des principes démocratiques doit s’appliquer à l'ensemble des membres.
Évoquant la crise politique mauritanienne de 2008, qu’elle a vécue en tant que conseillère à la présidence, Coumba Bâ met en avant son expérience de médiation entre les différentes parties. Elle affirme avoir contribué aux efforts de dialogue ayant conduit à la médiation du président sénégalais Abdoulaye Wade en 2009, et s’être personnellement mobilisée pour la protection et la libération du président déchu.
Concernant la Mauritanie, elle rappelle son adhésion à la Francophonie en 1980 et défend une approche qui valorise l'utilité du français dans l’enseignement, l’administration et les opportunités professionnelles, sans remettre en cause la place des langues nationales.
Un autre volet important de son projet concerne la place du Canada au sein de l’OIF. Coumba Bâ estime que le poste d’administrateur de l’organisation doit continuer à revenir au Canada, au nom des équilibres politiques et institutionnels. Elle souhaite également renforcer la participation canadienne aux programmes et aux initiatives de coopération francophone.
Pour améliorer le fonctionnement de l’organisation, elle propose une méthode fondée sur quatre piliers : les « 4D » — Données, Dialogue, Développement et Dépassement. Cette approche vise à mieux identifier les besoins, associer les États et les partenaires à la définition des priorités, mesurer les résultats et ajuster les programmes en fonction de leur efficacité.
La candidate mauritanienne défend enfin une procédure de désignation reposant prioritairement sur un large consensus entre les États membres, estimant que la direction de l’OIF doit bénéficier d'une légitimité suffisamment large pour préserver la cohésion et la crédibilité de l'organisation.
L'élection du prochain secrétaire général ou de la prochaine secrétaire générale est prévue le 16 novembre 2026, lors du 20ᵉ Sommet de la Francophonie à Phnom Penh. Coumba Bâ figure parmi les quatre candidats en lice, aux côtés de la Rwandaise Louise Mushikiwabo, secrétaire générale sortante, du Roumain Dacian Cioloș et de la Congolaise Juliana Lumumba. Le mandat couvrira la période 2027-2030.