Drapeaux Mauritanie et Union européenne.
Portée par une économie en diversification, la Mauritanie ambitionne de s’imposer sur les marchés européens. Quels secteurs sont les mieux placés pour réussir, quels défis surmonter, et quelles stratégies adopter pour performer à l’international ?
Secteurs porteurs pour percer en Europe
La Mauritanie, avec une croissance économique de 3,4 % en 2023 et des prévisions de 4,2 % en 2024 et 5,5 % en 2025 (Banque africaine de développement, 2024), dispose d’atouts prometteurs pour séduire l’Europe.
Le secteur de la pêche, représentant environ 30 % des revenus d’exportation en 2023, est un pilier clé. Avec ses 720 km de côtes atlantiques, la Mauritanie est l’un des plus grands producteurs de produits halieutiques en Afrique de l’Ouest. Des entreprises comme la Société Mauritanienne de Commercialisation du Poisson (SMCP) pourraient tirer parti de la demande européenne pour des produits de la mer durables, notamment via des certifications comme le label MSC (Marine Stewardship Council), exigé par 65 % des importateurs européens (Centre du commerce international, 2024). La transformation locale, comme les conserves ou les farines de poisson, pourrait accroître les marges de 20 %.
Le secteur minier, qui contribue à 46 % des exportations grâce au minerai de fer (Sagaci Research, 2022), offre également des opportunités. La Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM), avec un chiffre d’affaires de 1,2 milliard USD en 2022, pourrait répondre à la demande européenne pour des minerais traçables, en s’alignant sur les normes ESG (environnementales, sociales et de gouvernance).
Enfin, le secteur des énergies renouvelables, boosté par le potentiel gazier offshore (projet GTA, démarrage prévu en 2024, générant 500 millions USD annuels — BAD, 2024), s’aligne avec les ambitions européennes de transition énergétique. Des entreprises comme Masdar, en partenariat avec la Mauritanie, développent des projets solaires et éoliens, soutenus par l’UE via la stratégie Global Gateway (EEAS, 2024). Ces secteurs, en phase avec les priorités européennes (durabilité, traçabilité, énergie verte), doivent adopter des normes comme ISO 14001 pour renforcer leur compétitivité.
Renforcer l’écosystème entrepreneurial mauritanien
Pour soutenir cette ambition internationale, l’écosystème mauritanien doit relever plusieurs défis.
L’accès au financement reste un obstacle majeur pour les PME, qui représentent 60 % du tissu économique mais manquent de capitaux (Emergence, 2024). La Banque Mauritanienne de l’Investissement et la Banque pour le Commerce et l’Industrie (BCI), avec des financements de la BEI pour 20 millions EUR en 2023 et 2024, ont soutenu 400 PME, mais seulement 30 % des fonds sont accessibles aux jeunes et aux femmes entrepreneurs.
La formation est un autre enjeu : seules 15 % des entreprises mauritaniennes disposent de certifications internationales, un frein face aux exigences européennes comme GlobalGAP ou ISO 9001. Le renforcement des compétences via des partenariats avec des institutions comme l’UE ou l’AUDA-NEPAD est crucial.
Les infrastructures, bien qu’en progrès avec des investissements de 65 milliards USD dans les transports et l’énergie, restent limitées. Le port de Nouakchott, qui traite 80 % des exportations, souffre de congestions, augmentant les coûts logistiques de 12 % par rapport à la moyenne régionale (BAD, 2024). La modernisation des corridors logistiques et des réseaux numériques est essentielle.
De plus, le cadre juridique et réglementaire doit évoluer pour attirer les investisseurs. Classée 130/180 par Transparency International en 2022, la Mauritanie doit renforcer la gouvernance et réduire la corruption pour rassurer les partenaires européens (Direction générale du Trésor, 2024).
Les partenariats avec l’UE, via des accords comme le Partenariat pour la Migration ou Global Gateway, offrent des opportunités, mais seulement 25 % des entreprises en tirent parti. Des clusters sectoriels, inspirés des modèles européens, pourraient dynamiser l’innovation et la collaboration.
Stratégies pour réussir sur les marchés européens
Pour s’imposer en Europe, les entreprises mauritaniennes doivent adopter une stratégie à trois axes.
Premièrement, investir dans la transformation locale pour proposer des produits à forte valeur ajoutée, comme les produits halieutiques transformés, générant jusqu’à 20 % de marges supplémentaires.
Deuxièmement, développer une connaissance approfondie des marchés cibles. Les plateformes comme l’Enterprise Europe Network peuvent aider à adapter les produits aux attentes européennes, notamment les labels bio ou durables.
Troisièmement, privilégier les partenariats stratégiques. Des entreprises comme la Mauritanienne des Produits Alimentaires, avec un prêt de la BCI pour moderniser sa production (EIB), illustrent l’importance des alliances avec des distributeurs ou investisseurs européens.
La persévérance face aux barrières réglementaires est clé. Les certifications européennes, qui prennent en moyenne six mois, exigent une planification rigoureuse. Une présence locale via des bureaux ou des salons comme le Seafood Expo Global est indispensable pour gagner en visibilité.
Les financements internationaux, comme les 25 millions EUR de la BEI pour les PME, peuvent soutenir ces efforts. S’inspirer de modèles comme l’entreprise belge KitoZyme, qui excelle dans les biopolymères durables, peut encourager l’innovation dans l’économie circulaire.
Une approche combinant qualité, durabilité et réseautage stratégique permettra aux entreprises mauritaniennes de transformer les opportunités européennes en succès concrets.
Conclusion
La Mauritanie, portée par ses secteurs de la pêche, des mines et des énergies renouvelables, est bien positionnée pour conquérir l’Europe. Cependant, cet objectif exige des réformes profondes : accès facilité au financement, modernisation des infrastructures et adoption de normes internationales.
En s’appuyant sur des partenariats stratégiques et une vision axée sur la valeur ajoutée, les entreprises mauritaniennes peuvent s’imposer durablement. Alors que le pays ambitionne de devenir un hub économique régional d’ici 2030, ses entrepreneurs ont l’opportunité de faire rayonner leur savoir-faire sur la scène européenne, renforçant ainsi la place de la Mauritanie dans l’économie mondiale.