Le candidat mauritanien à la présidence du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a pris part ce jeudi à un débat de haut niveau organisé par The Brookings Institution, à Washington. L’événement, centré sur l’avenir de la BAD, a réuni des experts internationaux et des décideurs engagés pour le développement du continent.
Fort de son expérience à la tête de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), où il a mené une décennie de transformation, Sidi Ould Tah a partagé une vision audacieuse et pragmatique pour repositionner la BAD comme catalyseur de la transformation structurelle de l’Afrique.
Une Afrique à un tournant historique
« L’Afrique représente 17 % de la population mondiale, mais seulement 3 % du PIB mondial », a rappelé Ould Tah. Pourtant, le continent détient près d’un tiers des réserves mondiales de minerais, 65 % des terres arables non cultivées, d’importantes ressources en eau, et une population jeune — dont 50 % ont moins de 25 ans.
« L’enjeu n’est pas l’absence de ressources, mais leur valorisation. » Pour cela, il appelle à un virage stratégique : transformer localement les matières premières, valoriser les jeunes et les femmes via les PME et TPE, et placer le secteur privé au cœur du développement.
Mobiliser le capital africain et réformer l’architecture financière
Selon lui, l’Afrique dispose de capital : plus de 2 000 milliards de dollars de fonds de pension sont disponibles, mais peu mobilisés. Il plaide pour une coordination entre les institutions de financement (BAD, AFC, etc.) et pour une BAD « chef d’orchestre », capable d’agréger les ressources et de démultiplier leur impact.
Objectif : que chaque dollar investi en génère dix.
Priorité : emploi, jeunesse et transition vers l’économie formelle
Sa stratégie repose sur trois piliers :
1- Créer massivement des emplois à travers l’industrialisation locale et le soutien aux PME.
2- Établir un mécanisme de garantie permettant aux jeunes entrepreneurs d’accéder au crédit sans garanties classiques, soutenu par l’intelligence artificielle pour le scoring.
3- Faire du secteur privé, y compris informel, un levier central du développement économique.
Vision pour les 5 prochaines années
Pour Ould Tah, le succès de son mandat se mesurera à trois indicateurs clés :
- Le nombre d’emplois créés.
- Le niveau d’intégration commerciale entre pays africains.
- Le développement d’infrastructures critiques, notamment dans les domaines de l’énergie, du numérique et de l’intelligence artificielle.
Il conclut en soulignant l’importance d’un mix énergétique adapté à chaque pays, d’un accompagnement des start-ups technologiques, et d’un investissement massif dans les compétences STEM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques), clés pour le futur du continent.
Sidi Ould Tah s’impose comme un candidat visionnaire, déterminé à faire de la BAD un moteur d’une Afrique souveraine, intégrée et prospère.
La Rédaction