Des habitants d’un quartier populaire de Nouakchott font la queue pour s’approvisionner en eau potable, illustrant les difficultés d’accès à l’eau et la persistance de la crise hydrique dans certains secteurs de la capitale mauritanienne, en août 2025. ©D
Entre les séquelles de la crise de 2025 et les promesses de renforcement des infrastructures hydrauliques, Nouakchott aborde l’été 2026 sous haute vigilance sur la question cruciale de l’approvisionnement en eau potable.
À l’approche de l’été 2026, une question revient avec insistance dans les discussions à Nouakchott : la capitale mauritanienne est-elle cette fois-ci à l’abri d’une nouvelle crise de l’eau ?
L’année 2025 reste encore gravée dans les mémoires des habitants. Pendant plusieurs mois, notamment entre juillet et octobre, de nombreux quartiers de la capitale avaient subi d’importantes perturbations dans l’approvisionnement en eau potable. Des familles entières avaient été contraintes de stocker de l’eau durant la nuit, de se ravitailler auprès de camions-citernes ou d’acheter des bidons à des prix élevés dans les quartiers périphériques.
Les autorités avaient alors attribué ces perturbations à une concentration exceptionnelle de limon et à une forte turbidité des eaux du fleuve Sénégal, principale source d’alimentation de Nouakchott via le système d’Aftout Essahili. Les capacités de traitement avaient été fortement affectées, mettant en lumière les limites structurelles du réseau face à une demande croissante et à des conditions climatiques de plus en plus difficiles.
Des investissements annoncés pour éviter une nouvelle crise
Face à l’ampleur des critiques et aux difficultés vécues par les populations, le gouvernement a multiplié les annonces de réformes et les projets destinés à renforcer les infrastructures hydrauliques.
En septembre 2025, le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, avait inauguré à Béni Naji une station de désembouage destinée à améliorer le prétraitement des eaux du fleuve Sénégal. Dans le même temps, les travaux d’extension des capacités de traitement et de pompage du système Aftout Essahili avaient également été lancés.
Selon les chiffres officiels, ces travaux devraient permettre de faire passer la capacité de production d’eau potable de 150 000 à 225 000 mètres cubes par jour, avec l’objectif affiché de répondre durablement aux besoins croissants de Nouakchott.
Quelques mois plus tard, en janvier 2026, le gouvernement a également validé un important financement du Fonds arabe pour le développement économique et social (FADES), estimé à environ 1,55 milliard MRU. Ce projet vise notamment à renforcer les capacités de stockage, de transport et de distribution de l’eau vers la capitale.
Parmi les mesures annoncées figurent la construction d’un grand réservoir souterrain dans la moughataa de Riyad ainsi que l’installation de nouvelles conduites destinées à réduire les coupures et à améliorer la pression dans plusieurs quartiers.
Une population encore prudente
Malgré ces annonces, de nombreux habitants restent prudents. À Nouakchott, les épisodes de pénuries répétées ont installé une forme de méfiance vis-à-vis des promesses officielles.
Dans plusieurs quartiers périphériques, les populations craignent que les fortes chaleurs de l’été, combinées à une hausse de la consommation, ne provoquent de nouvelles perturbations du réseau. Beaucoup estiment que les infrastructures demeurent encore insuffisantes face à la croissance rapide de la capitale.
Les spécialistes rappellent également que la question de l’eau à Nouakchott ne dépend pas uniquement des capacités de production. Les pertes dans les réseaux de distribution, les branchements anarchiques, le manque d’entretien ainsi que l’urbanisation accélérée constituent toujours des défis majeurs pour les autorités.
Le véritable test de l’été 2026
À quelques semaines des pics de chaleur, le ministère de l’Hydraulique est désormais attendu sur les résultats concrets des projets engagés depuis plusieurs mois.
La mise en service effective des nouvelles infrastructures, la capacité du réseau à absorber la demande estivale ainsi que la rapidité des interventions en cas de perturbations seront déterminantes pour éviter une répétition de la crise de 2025.
Si les investissements engagés témoignent d’une volonté de sécuriser durablement l’approvisionnement en eau de Nouakchott, l’été 2026 pourrait constituer le premier véritable test grandeur nature de cette stratégie hydraulique.