Entre tensions post-électorales et visite présidentielle, le débat sur les priorités du gouvernement et la situation des jeunes reste au cœur de l’actualité à Kaédi.
Quelques heures après le meeting du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à Kaédi, le député et militant abolitionniste Biram Dah Abeid a critiqué le discours présidentiel, déplorant l’absence de toute mention du décès de plusieurs jeunes Kaédiens survenu lors des manifestations post-électorales de 2024. Ces incidents, survenus du 1er au 2 juillet 2024, avaient fait l’objet de versions divergentes : le ministère de l’Intérieur avait confirmé trois morts parmi des manifestants, tandis que certains médias et blogs locaux évoquaient entre quatre et six décès.
Dans un enregistrement audio consulté et analysé par nos confrères d’Alakhbar, Biram Dah Abeid a accusé le président Ghazouani de refuser d’ouvrir une enquête sur ces décès et de reconnaître le préjudice subi par les familles des victimes. Il a également dénoncé ce qu’il considère comme une répression violente à l’encontre des militants de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA), mouvement qu’il dirige.
Le parlementaire a ajouté que le régime actuel privilégie les nominations élevées au profit des retraités, au détriment des jeunes sans emploi, citant les récentes nominations au sein de la présidence comme un exemple. Pour Biram Dah Abeid, la sécurité nationale commence par une répartition équitable des richesses et par la création d’emplois pour la jeunesse, insistant sur le fait que le pays dépense des sommes colossales — près de 900 000 milliards d’ouguiyas, selon lui — sans infrastructures majeures telles que routes ou hôpitaux, poussant ainsi certains citoyens à se soigner à l’étranger.
Le Président de la République a effectué une visite officielle à Kaédi le dimanche 8 février 2026, dans le cadre d’une tournée de proximité dans les départements du Gorgol, qui le conduira ensuite à Maghama, M’Bout, Lekseiba et Monguel. Cette tournée vise à évaluer les politiques publiques, réduire les disparités régionales et renforcer le développement local.
Lors de son meeting avec la jeunesse kaédienne, le chef de l’État a rappelé que les jeunes constituent le présent et l’avenir du pays, les appelant à concentrer leurs efforts sur ce qui rassemble et à éviter les débats stériles. « La patrie est trop précieuse pour être entraînée dans des querelles sans avenir », a-t-il souligné, réaffirmant son engagement pour l’unité nationale et la cohésion sociale.
Les incidents de 2024 à Kaédi avaient été déclenchés à la suite d’une rumeur concernant une victoire supposée de l’opposant Biram Dah Abeid à l’élection présidentielle. L’euphorie populaire a rapidement cédé la place au chaos. La répression menée par les forces de l’ordre a fait plusieurs victimes, entraînant des décès, des blessés et des perturbations locales, y compris des coupures d’internet sur l’ensemble du territoire national. Une enquête avait été promise par les autorités, mais la controverse sur le nombre exact de victimes et la responsabilité des forces de sécurité demeure au centre du débat public.
La confrontation entre le discours présidentiel et la critique de Biram Dah Abeid illustre les tensions persistantes sur l’emploi des jeunes, la reconnaissance des victimes et la gouvernance économique. Le Président Ghazouani insiste sur l’unité et le développement régional, tandis que Biram Dah Abeid plaide pour la justice sociale et la prise en compte des griefs des jeunes et des familles affectées par les événements de juillet 2024.