Le député Khally Mamadou Diallo a mis en lumière une contradiction perçue entre la répression pénale du trafic d’alcool et l’existence de taxes prélevées par l’État sur l’alcool introduit par certaines missions diplomatiques, ravivant un débat délicat mêlant religion, droit, souveraineté et morale publique.
Cette déclaration jugée hautement sensible secoue le débat public en Mauritanie. Le député a interpellé les autorités sur ce qu’il considère comme une incohérence majeure dans la gestion de la question de l’alcool au sein de la République islamique de Mauritanie.
Selon l’élu, l’État mauritanien percevrait des taxes sur l’alcool importé légalement par certaines ambassades accréditées à Nouakchott, alors même que les autorités se félicitent régulièrement de l’arrestation de trafiquants d’alcool, présentés comme des criminels portant atteinte à l’ordre moral, social et religieux du pays.
Dans un pays dont la Constitution affirme que l’islam est le fondement de la République, la consommation, la vente et le commerce de l’alcool sont prohibés, tant sur le plan religieux que pénal. Le député rappelle que, selon les enseignements islamiques, sont également réprouvés celui qui consomme l’alcool, celui qui le vend, celui qui le sert et celui qui en tire profit.
Dès lors, une interrogation centrale émerge : qu’en est-il de l’État lorsqu’il prélève des taxes sur un produit qu’il condamne officiellement, combat judiciairement et rejette religieusement ?
La question dépasse le cadre religieux. Elle touche aux conventions diplomatiques, notamment aux privilèges accordés aux missions étrangères, mais aussi à la cohérence du discours public de l’État. Peut-on, au nom de la souveraineté nationale ou des usages diplomatiques, transformer un interdit religieux et moral en ligne budgétaire ? Peut-on dénoncer publiquement ce que l’on fiscalise dans la discrétion administrative ?
Pour Khally Mamadou Diallo, l’absence de clarification officielle nourrit une dissonance morale profonde, susceptible d’éroder la confiance des citoyens dans la parole publique et dans la cohérence de l’action étatique.
Face à cette situation, le député appelle les érudits religieux, les juristes, les intellectuels et les consciences éclairées du pays à prendre la parole afin d’éclairer l’opinion publique. Il plaide pour un débat serein, courageux et transparent sur une question qui touche à l’identité même de l’État, à ses valeurs proclamées et à la crédibilité de son discours moral.
À défaut d’une clarification assumée, cette contradiction continuera d’alimenter le malaise et les interrogations au sein de la société mauritanienne. En tant que République islamique, la Mauritanie prohibe strictement la consommation, la vente et l’importation d’alcool pour tous, musulmans comme non‑musulmans, conformément à la loi islamique et à des textes réglementaires tels que le décret de 1986.