Au Forum des Droits des Minorités des Nations Unies, le leader antiesclavagiste appelle à placer les droits humains au cœur de la paix et de la justice transitionnelle.
Le militant antiesclavagiste mauritanien et président de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), Biram Dah Abeid, a prononcé un discours fort ce jeudi 27 novembre 2025 au siège du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme à Genève. Son intervention s’inscrivait dans la Session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies consacrée aux droits des minorités, au cours d’un événement parallèle organisé par l’Union des Peuples Non Représentés (UNPO).
Dès le début de son allocution, Biram Dah Abeid a rappelé son passage dans ces mêmes lieux quinze ans plus tôt, lorsqu’il alertait déjà sur les discriminations structurelles visant les Haratin et plus largement les populations d’ascendance subsaharienne. Selon lui, loin d’avoir reculé, ces discriminations se sont enracinées, soutenues par un système qu’il juge fondé sur l’exclusion, l’impunité et l’accaparement des richesses nationales.
Le leader abolitionniste a dénoncé la spoliation des terres, la corruption, le tribalisme, les restrictions politiques et l’étouffement des oppositions, qu’il considère comme des mécanismes d’un « capital ethniquement monopolistique ». Il a cité les analyses d’Antonio Gramsci pour décrire une hégémonie qui combinerait contrôle idéologique et coercition, estimant que les populations mauritaniennes sont maintenues dans une économie de survie. À ses yeux, cette situation fait peser un risque réel sur la stabilité du pays : « Lorsque le seuil du supportable est dépassé, la révolte et la guerre deviennent une possibilité. Le désespoir n’enfante pas la paix. »
Il a également dénoncé les entraves imposées aux défenseurs des droits humains et aux formations politiques telles que le RAG, les FPC, DECKALEM ou le CR, jugés indésirables dans l’espace politique mauritanien. Biram Dah Abeid affirme être lui-même l’objet de campagnes de diffamation, malgré ses distinctions internationales, dont le Prix des Nations Unies pour la cause des Droits de l’Homme : « Je suis décrit comme un pyromane au service de forces occultes. Aux yeux du pouvoir, je ne mériterais que les cachots ou l’exil. »
Terminant son discours sur une annonce forte, Biram Dah Abeid a déclaré qu’il rentrerait en Mauritanie le 10 décembre prochain, invitant la communauté internationale à observer l’accueil que lui réserveront les autorités. Cette intervention a marqué un moment fort du Forum des Droits des Minorités, où les débats sur l’inclusion, la démocratie et la justice transitionnelle occupent une place centrale.