Face à l’ampleur d’un phénomène qui dépasse le simple détournement de fonds, le président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, appelle les élites, la société civile, les journalistes et les influenceurs à jouer un rôle décisif dans la prévention et la dénonciation de toutes les formes de corruption.
Lors de son discours à Djigueni, le chef de l’État a rappelé que la corruption en Mauritanie ne se limite pas aux abus financiers : elle prend également des formes sociales, morales, politiques et administratives, créant un environnement propice à la banalisation des pratiques illicites.
Selon Ghazouani, la lutte contre le détournement de fonds et la mauvaise gestion incombe avant tout à l’État et à l’administration publique. Mais cet effort institutionnel reste insuffisant sans la mobilisation active de la société civile, des élites intellectuelles, des médias, des blogueurs et des influenceurs, appelés à devenir des acteurs essentiels de la transparence et de la sensibilisation.
Le président a insisté sur le rôle déterminant de ces acteurs dans la formation de l’opinion publique, la diffusion des valeurs citoyennes et la dénonciation des pratiques nocives. Il a notamment souligné que la corruption sociale — favoritisme, abus d’influence, contournement des règles — alimente directement les dérives financières en sapant la justice, l’équité et la confiance envers les institutions.
Pour le chef de l’État, la lutte contre la corruption ne peut réussir que par une mobilisation collective. Aucun progrès durable ne sera possible si les élites, les médias et les créateurs de contenu ne s’engagent pas à dénoncer et déconstruire les comportements qui tolèrent, justifient ou normalisent la corruption au quotidien.
Cet appel intervient quelques semaines après la publication d’un rapport exclusif de la Cour des comptes (2022-2023), révélant le détournement de dizaines de milliards d’ouguiyas et ayant conduit au limogeage de plusieurs hauts fonctionnaires, dont d’anciens ministres, soulignant ainsi l’urgence d’une action concertée de toutes les forces vives de la nation. Le président Ghazouani avait averti : « Aucune personne, quelle que soit sa position, n’échappera à la sanction. »