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Sécurité et Conflits

Le président de l'Érythrée Isaias Afwerki et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed lors d'une rencontre en 2019.©️DR

Éthiopie–Érythrée : Addis-Abeba hausse le ton et exige le retrait des troupes érythréennes

La relation déjà fragile entre l’Éthiopie et l’Érythrée connaît une nouvelle zone de turbulence. Accusations d’ingérences, présence militaire contestée au Tigré et divergences stratégiques ravivent le spectre d’une escalade dans la Corne de l’Afrique.

Les tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée se sont nettement accentuées à la fin du mois de janvier 2026, marquées par des incidents armés signalés dans la région du Tigré et par une multiplication d’accusations croisées entre Addis-Abeba et Asmara. Dans ce contexte explosif, le gouvernement éthiopien a officiellement exigé le retrait immédiat des forces érythréennes présentes sur son territoire.

Le 8 février 2026, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a adressé une lettre formelle à son homologue érythréen, dénonçant la poursuite de la présence militaire d’Asmara en Éthiopie, notamment dans le nord du pays. Addis-Abeba y qualifie ces incursions d’« actes d’agression manifeste » et accuse l’Érythrée de soutenir des groupes rebelles opérant dans les régions du Tigré et de l’Amhara.

Un héritage non soldé de la guerre du Tigré

Durant la guerre du Tigré (2020–2022), l’Érythrée avait apporté un soutien militaire décisif à l’armée fédérale éthiopienne contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Ce conflit, l’un des plus meurtriers de ces dernières décennies en Afrique, a fait au moins 600 000 morts, selon des estimations internationales.

L’accord de paix de Pretoria, signé en novembre 2022, prévoyait le retrait de toutes les forces étrangères du Tigré. Toutefois, plusieurs observateurs estiment que ce retrait n’a jamais été pleinement effectif, alimentant aujourd’hui les accusations éthiopiennes et la défiance persistante entre les deux anciens alliés.

Addis-Abeba pose ses conditions, Asmara se défend

Dans sa correspondance diplomatique, le chef de la diplomatie éthiopienne somme l’Érythrée de mettre fin à toute collaboration avec des groupes armés hostiles à l’État éthiopien et de respecter strictement la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays. En parallèle, Addis-Abeba affirme rester ouverte à une solution diplomatique, se disant prête à engager des discussions globales avec Asmara.

Ces négociations pourraient inclure des dossiers sensibles, notamment la question de l’accès maritime à la mer Rouge via le port érythréen d’Assab, un sujet hautement stratégique. L’Érythrée accuse toutefois l’Éthiopie de nourrir des ambitions sur ce port, ce que les autorités éthiopiennes présentent comme une nécessité géoéconomique pour un pays enclavé de plus de 130 millions d’habitants.

Une région sous haute tension

Cette montée des tensions ravive les craintes d’un nouveau conflit ouvert entre les deux pays, rappelant la guerre frontalière de 1998 à 2000 qui avait fait des dizaines de milliers de morts. Dans une Corne de l’Afrique déjà fragilisée par des crises sécuritaires multiples, toute escalade militaire pourrait avoir des conséquences régionales majeures.

Pour l’heure, l’Éthiopie affirme privilégier la voie diplomatique, malgré des mouvements de troupes signalés et une rhétorique de plus en plus ferme. La communauté internationale suit de près l’évolution de la situation, consciente qu’un nouvel affrontement entre Addis-Abeba et Asmara constituerait un sérieux revers pour la stabilité régionale.

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