Des manifestations populaires à Mogadiscio à la condamnation formelle de l’OCI, la décision israélienne ravive les tensions autour de l’unité territoriale somalienne et suscite une forte mobilisation régionale et internationale.
Des centaines de Somaliens sont descendus dans la rue jeudi soir à Mogadiscio pour dénoncer la reconnaissance du Somaliland par Israël. Rassemblés sur la place Taleh, les manifestants ont brandi des drapeaux nationaux et scandé des slogans patriotiques, exprimant leur rejet catégorique de toute initiative qu’ils considèrent comme une atteinte directe à l’unité et à la souveraineté de la Somalie.
Pour de nombreux protestataires, cette reconnaissance est perçue comme une tentative de légitimation de la division du pays, au mépris de son intégrité territoriale. Les autorités somaliennes, à commencer par le président Hassan Sheikh Mohamud, ont réaffirmé publiquement que la Somalie demeure un État souverain et indivisible, rejetant toute décision extérieure visant à remettre en cause ses frontières reconnues.
Cette mobilisation populaire intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu, marqué par la première visite officielle d’un haut responsable israélien au Somaliland. Le 6 janvier 2026, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu à Hargeysa, capitale de cette région séparatiste, un déplacement inédit qui a immédiatement suscité de vives réactions à Mogadiscio et au-delà. Cette visite a été interprétée comme un pas supplémentaire vers la normalisation des relations entre Israël et les autorités du Somaliland, au détriment du gouvernement fédéral somalien.
Face à cette situation, l’Organisation de la coopération islamique (OCI), aux côtés de vingt-deux pays membres, a fermement condamné ce qu’elle qualifie de visite « illégale ». Dans un communiqué conjoint, l’OCI a dénoncé une violation manifeste du droit international, de la Charte des Nations unies et de la souveraineté de la République fédérale de Somalie. L’organisation a mis en garde contre toute forme de soutien aux agendas sécessionnistes, estimant qu’ils risquent d’aggraver l’instabilité dans une région déjà fragile. Elle a également appelé Israël à revenir sur sa position et à respecter pleinement l’unité nationale somalienne.
Pour rappel, Israël a officiellement reconnu le Somaliland comme État indépendant et souverain le 26 décembre 2025, devenant à ce jour le seul pays au monde à avoir franchi ce pas. Une décision qui rompt avec des décennies de non-reconnaissance internationale, alors même que le Somaliland, séparé de facto de la Somalie depuis 1991, dispose de ses propres institutions sans jamais avoir obtenu de statut étatique reconnu sur la scène mondiale.
Cette reconnaissance unilatérale continue de provoquer une onde de choc diplomatique, renforçant les tensions entre acteurs régionaux et ravivant le débat sur le respect du droit international et la préservation de l’intégrité territoriale des États africains.