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Face à l’accumulation de stocks de cacao invendus et aux tensions croissantes dans la filière, le gouvernement ivoirien se dit prêt à mobiliser près de 280 milliards de francs CFA afin de soutenir les producteurs et stabiliser un secteur stratégique de l’économie nationale.
En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, l’État se prépare à intervenir massivement pour enrayer la crise qui frappe la filière. Le gouvernement a annoncé sa disponibilité à mobiliser une enveloppe estimée à 280 milliards de francs CFA pour racheter les stocks de cacao invendus, évalués entre 100 000 et 130 000 tonnes, actuellement bloqués dans les zones de production et au niveau des coopératives.
Cette situation résulte d’un ralentissement des exportations, lié principalement aux problèmes de liquidités rencontrés par certains acheteurs, dans un contexte de repli des cours mondiaux du cacao. Une conjoncture paradoxale, alors même que l’État ivoirien a fixé pour la campagne en cours un prix bord-champ historiquement élevé de 2 800 FCFA le kilogramme, destiné à protéger les revenus des producteurs.
La filière cacao, qui représente environ 14 % du PIB ivoirien et fait vivre directement ou indirectement plusieurs millions de personnes, se retrouve ainsi fragilisée par des dysfonctionnements de marché, malgré les mécanismes de régulation mis en place ces dernières années.
S’exprimant lors d’une conférence de presse tenue le 20 janvier 2026, le ministre d’État, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Kobenan Kouassi Adjoumani, a précisé que l’intervention de l’État se fera à travers un dispositif d’achat structuré, piloté par le Conseil du Café-Cacao (CCC) et l’Office Ivoirien des Agences de Régulation (OIA), en partenariat avec des banques et des acteurs nationaux.
Le mécanisme retenu repose sur un financement sous forme de crédits à court terme, permettant de racheter les stocks invendus au prix garanti de 2 800 FCFA/kg. Les montants avancés par l’État seront remboursés ultérieurement par les exportateurs, une fois les ventes réalisées sur les marchés internationaux. Les autorités ont précisé qu’aucun emprunt extérieur spécifique n’est envisagé à ce stade, l’opération reposant sur un effort budgétaire national exceptionnel.
Afin de garantir l’efficacité et la transparence du dispositif, le gouvernement prévoit la réalisation préalable d’un inventaire exhaustif des stocks, ainsi que des séances de sensibilisation à l’endroit des acteurs de la filière. Un renforcement des contrôles aux frontières est également annoncé pour lutter contre la contrebande vers les pays voisins, phénomène accentué par les écarts de prix dans la sous-région.
Selon les autorités, plus de 85 % de la production nationale a déjà fait l’objet de ventes anticipées, ce qui permet de garantir le prix bord-champ jusqu’au 30 mars 2026. L’opération de rachat des stocks invendus vise donc à éviter une chute brutale des revenus des producteurs et à préserver la stabilité sociale dans les zones rurales.
Par cette intervention, l’État ivoirien entend réaffirmer son rôle de régulateur et protéger un pilier stratégique de son économie, dans un contexte international marqué par une forte volatilité des marchés des matières premières