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PÉTROLE / GAZ

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Sénégal : Petrosen lance une offensive onshore de 55 milliards FCFA pour relancer l’exploration terrestre

Après des décennies de marginalisation de l’exploration pétrolière terrestre, la compagnie nationale Petrosen annonce une campagne autonome de 100 millions de dollars dès 2026. Un tournant stratégique qui vise à renforcer la souveraineté énergétique du Sénégal et à repositionner l’entreprise publique comme opérateur technique de premier plan.

Le Sénégal amorce un nouveau chapitre de son histoire énergétique. La Société des Pétroles du Sénégal (Petrosen) a annoncé le lancement, dès 2026, d’une campagne d’exploration pétrolière onshore entièrement pilotée par ses équipes, avec un investissement estimé à 100 millions de dollars, soit environ 55 milliards de francs CFA.

Cette initiative marque une rupture stratégique majeure. Depuis les grandes découvertes offshore de 2014, notamment Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim (GTA), l’essentiel des investissements et des efforts d’exploration s’était concentré en mer profonde, reléguant les bassins terrestres au second plan.

Un retour stratégique vers les bassins terrestres

Le Directeur général de Petrosen, Alioune Gueye, justifie ce choix par le potentiel encore sous-exploité des bassins terrestres sénégalais. Selon lui, les succès enregistrés en offshore démontrent l’existence d’un système pétrolier robuste, susceptible de se prolonger à terre.

« Puisque nous avons fait des découvertes en mer, il est logique de penser que nous avons un potentiel similaire à terre », a-t-il indiqué, affichant l’ambition de réaliser une découverte majeure d’ici fin 2026.

Au-delà de l’exploration, cette démarche traduit la volonté de Petrosen de franchir un cap : ne plus se limiter à des participations minoritaires aux côtés des majors internationales, mais devenir un opérateur technique capable de conduire ses propres forages.

Des décennies d’atonie onshore

L’exploration terrestre au Sénégal n’est pas nouvelle, mais elle a connu des résultats mitigés. Entre 1952 et 1977, 122 puits ont été forés par différentes compagnies, sans déboucher sur des découvertes commerciales significatives. Cette absence de succès a progressivement refroidi les investisseurs.

Depuis 1981, Petrosen a participé au forage de 53 puits, en onshore et offshore confondus. La seule production notable en milieu terrestre reste le gaz de Gadiaga, exploité depuis 1997 à une échelle modeste.

Les découvertes géantes en mer profonde à partir de 2014 ont définitivement orienté les priorités nationales vers l’offshore, attirant des investissements de plusieurs milliards de dollars et débouchant sur les premières productions en 2024 et 2025.

Un pari technique et financier

L’offensive onshore de 2026 intervient dans un contexte de montée en puissance du secteur énergétique sénégalais. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large comprenant le développement de projets structurants comme Yakaar-Teranga.

Cependant, les défis restent importants. Les bassins terrestres souffrent d’un déficit de données sismiques 3D récentes, contrairement à l’offshore qui concentre près de 90 % des levées modernes. Les risques géologiques sont plus incertains et les coûts opérationnels peuvent s’avérer élevés, malgré une logistique plus simple qu’en mer profonde.

Les fluctuations des prix du pétrole et les perturbations économiques mondiales, notamment après la pandémie, ont également contribué à freiner les initiatives terrestres ces dernières années.

Vers une souveraineté énergétique renforcée

Avec cette mobilisation financière domestique, Petrosen envoie un signal fort : le Sénégal entend prendre davantage en main son destin énergétique. Si la campagne aboutit à une découverte significative, elle pourrait transformer la cartographie pétrolière nationale et diversifier les sources de production.

Au-delà de l’enjeu économique, l’initiative porte une dimension politique et stratégique : renforcer la souveraineté énergétique du pays et consolider le rôle de la compagnie nationale dans un secteur historiquement dominé par les multinationales.

L’année 2026 s’annonce ainsi décisive pour l’avenir énergétique du Sénégal, entre consolidation des acquis offshore et pari audacieux sur le potentiel encore inexploité de la terre ferme.
 

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