Accusations de concentration du pouvoir, recours massif à des expatriés coûteux et marginalisation de compétences locales : la gestion d’Orabank Mauritanie suscite de vives interrogations, tant au sein des médias que dans la sphère politique.
La filiale mauritanienne du groupe bancaire panafricain Orabank traverse une zone de turbulences. Ces derniers jours, plusieurs médias locaux, rejoints par des responsables politiques, ont publiquement exprimé leurs inquiétudes quant à la gouvernance de l’établissement, à la politique de ressources humaines et au respect des compétences nationales.
Parmi les voix les plus critiques figure celle du député Khally Mamadou Diallo, qui a publié un long message sur sa page Facebook, appelant explicitement les autorités compétentes à assumer leurs responsabilités face à ce qu’il qualifie de situation « hautement préoccupante ».
Selon l’élu, la gouvernance actuelle d’Orabank Mauritanie se caractérise par une concentration du pouvoir décisionnel au plus haut niveau. Les fonctions de Président du Conseil d’Administration (PCA) et de Directeur Général (DG) seraient occupées par deux ressortissants marocains, concentrant ainsi l’essentiel des décisions stratégiques et opérationnelles de la banque. Une configuration qui, selon ses détracteurs, soulève des interrogations en matière d’équilibre institutionnel, de contrôle interne et de conformité à l’esprit de la réglementation bancaire ainsi qu’à la convention collective mauritanienne.
Au niveau de l’encadrement supérieur, plusieurs postes clés seraient confiés à des cadres expatriés, alors même que des compétences nationales expérimentées seraient disponibles. Les rémunérations évoquées alimentent également la controverse. Il est notamment fait état d’un directeur de l’audit, de nationalité béninoise, percevant une rémunération mensuelle estimée à 1,7 million MRO, avec des avantages portant le coût global à près de 3 millions MRO. Une directrice des risques, de nationalité burkinabè, percevrait environ 1,3 million MRO, auxquels s’ajoutent des avantages portant la rémunération totale à près de 2 millions MRO. Un directeur du recouvrement, de nationalité guinéenne, toucherait environ 800 000 MRO, hors avantages, tandis qu’un responsable des risques opérationnels, de nationalité togolaise, exercerait à distance sous un contrat de prestation, avec une rémunération non communiquée.
En parallèle, plusieurs cadres mauritaniens de haut niveau auraient été poussés à la démission ou mis à l’écart de leurs fonctions. Sont notamment cités un ancien directeur commercial totalisant 23 années d’expérience bancaire, un directeur des risques fort de 17 années de carrière, une chef d’agence, deux chargés d’affaires, ainsi que le directeur du contrôle permanent et de la conformité. D’autres responsables seraient également actuellement écartés, parmi lesquels la directrice du capital humain et le responsable du recouvrement.
Pour le député Khally Mamadou Diallo, cette situation traduirait une marginalisation progressive des compétences nationales, en contradiction avec les principes de valorisation des ressources humaines locales et les exigences de bonne gouvernance.
Autre point de préoccupation soulevé : une opération de cession de créances envisagée par la banque. Selon ses détracteurs, une telle opération pourrait viser à améliorer artificiellement les états financiers de l’établissement. Si elle n’est pas strictement encadrée et conforme aux règles prudentielles, une cession de créances pourrait fausser la lecture réelle de la situation financière de la banque. Dans ce contexte, une intervention et un contrôle rigoureux de la Banque Centrale de Mauritanie sont jugés nécessaires afin de garantir la transparence financière et la sécurité des dépôts des clients.
L’ensemble de ces éléments soulève de sérieuses interrogations sur la gouvernance, la maîtrise des charges et la protection de l’épargne des citoyens mauritaniens, dans une banque qui occupe une place significative dans le paysage financier national.
Présente en Mauritanie depuis 2008, Orabank opérait initialement sous le nom de BACIM Bank, avant d’être rachetée fin 2012 par le groupe Oragroup. L’établissement dispose aujourd’hui d’un réseau d’agences à Nouakchott, Nouadhibou et dans plusieurs autres localités du pays.
À l’heure où la confiance demeure un pilier central du système bancaire, ces critiques appellent, selon plusieurs observateurs, à des clarifications de la direction, à un renforcement du contrôle réglementaire, et à un débat responsable, dans l’intérêt des déposants et de la stabilité financière nationale.