Depuis Nairobi, où s’ouvre ce lundi 11 mai le sommet Africa Forward coorganisé par la France et le Kenya, Emmanuel Macron a défendu sans détour l’exclusion des régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, tout en affirmant vouloir bâtir une relation renouvelée avec l’Afrique, désormais tournée vers l’investissement, l’innovation et des partenariats élargis au-delà du pré carré francophone.
Nairobi accueille, les 11 et 12 mai 2026, l’un des rendez-vous diplomatiques et économiques majeurs entre la France et le continent africain. Coorganisé par Emmanuel Macron et William Ruto, le sommet « Africa Forward » réunit plus de trente chefs d’État, investisseurs, entrepreneurs et innovateurs venus de plus de quarante pays africains.
Mais l’absence remarquée des dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) Mali, Burkina Faso et Niger a dominé les débats dès la veille de l’ouverture du sommet.
Lors d’une conférence de presse conjointe tenue ce dimanche 10 mai avec son homologue kényan, Emmanuel Macron a assumé cette situation, estimant que les régimes militaires sahéliens se sont eux-mêmes marginalisés en se retirant des cadres régionaux, notamment de la CEDEAO.
« Nous ne sommes jamais en désaccord avec les peuples », a déclaré le président français, insistant sur le fait que Paris maintient des liens avec les populations sahéliennes malgré ses tensions avec les autorités de transition.
Macron a précisé que des représentants de la société civile, des artistes et des entrepreneurs originaires de ces pays participeraient néanmoins aux échanges, affirmant ainsi distinguer les peuples des régimes en place.
Sur le plan sécuritaire, le chef de l’État français a également défendu le retrait progressif de l’armée française du Sahel après les coups d’État successifs, affirmant que la France était partie « sans rancune », tout en soulignant que l’évolution de la situation sécuritaire dans la région démontrerait, selon lui, les limites stratégiques des choix opérés par certains régimes militaires.
À propos du Mali, il a notamment déclaré que « les autorités maliennes n’ont pas pris la meilleure décision » en exigeant le départ des forces françaises.
Au-delà du Sahel, Emmanuel Macron a revendiqué une refonte profonde de la stratégie africaine de Paris.
« L’époque du pré carré français est terminée depuis 2017 », a-t-il affirmé, rejetant l’idée d’une politique exclusivement centrée sur l’Afrique francophone.
Le choix du Kenya, puissance anglophone d’Afrique de l’Est, comme hôte du principal sommet franco-africain de son mandat, symbolise cette volonté de repositionnement stratégique.
La France cherche désormais à consolider une approche « panafricaine », misant davantage sur les investissements économiques, l’innovation technologique et des partenariats diversifiés, notamment avec des pays comme le Ghana, le Bénin, le Gabon ou encore le Kenya.
Cette orientation se traduit déjà concrètement par plusieurs accords économiques majeurs, à l’image du partenariat stratégique signé à Nairobi entre le gouvernement kényan et le groupe français CMA CGM, représentant près de 700 millions d’euros d’investissements dans les infrastructures logistiques et de transport.
Dans un contexte marqué par la montée des sentiments antifrançais dans plusieurs régions du continent et par la recomposition géopolitique africaine, le sommet Africa Forward apparaît ainsi comme une tentative ambitieuse de redéfinition de l’influence française en Afrique.
Reste à savoir si cette nouvelle doctrine, fondée sur une diversification géographique et économique, suffira à restaurer durablement la crédibilité de Paris auprès des opinions publiques africaines, notamment dans les régions sahéliennes où la rupture politique demeure profonde.