Biram Dah Abeid, député et président de l’IRA.©️DR
À l’occasion des sept années de pouvoir du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, célébrées ce 1er août 2026, Biram Dah Abeid a publié une note d’analyse politique de 55 pages dans laquelle il livre une critique détaillée de la conférence de presse présidentielle du 24 juillet et du bilan du chef de l’État.
Intitulé « Réaction à la conférence de presse du Président de la République – Sept années de pouvoir à l’épreuve des faits », le document passe en revue les principaux dossiers abordés par le président et oppose ce que Biram Dah Abeid présente comme « le récit officiel » à la réalité vécue par les Mauritaniens.
Dès l’avant-propos, le leader de l’IRA affirme avoir voulu « documenter un écart entre ce que le pouvoir affirme et ce que les Mauritaniens vivent », tout en assurant que son analyse repose sur des faits et des arguments.
Un pouvoir jugé sans vision
Biram Dah Abeid estime que la conférence de presse du 24 juillet a été marquée par « une absence de vision » et « une autosatisfaction excessive ».
Selon lui, le président a multiplié les chiffres et les annonces sans répondre à la question essentielle : « En quoi les milliards investis depuis sept ans ont changé concrètement la vie quotidienne des Mauritaniens ? »
Il résume son analyse par cette interrogation :
« Est-ce le Président de la République qui est déconnecté de la réalité des citoyens, ou ce sont les citoyens qui sont devenus déconnectés du tableau que leur présente ce dernier ? »
Mandats présidentiels : des ambiguïtés dénoncées
Le document revient longuement sur la réponse du chef de l’État concernant la limitation des mandats.
Pour Biram Dah Abeid, le président aurait pu mettre fin aux spéculations sur l’élection de 2029 en affirmant clairement qu’il ne soutiendrait aucune modification de la Constitution.
Il écrit : « Le Président pouvait dissiper le doute sur 2029 en une phrase. Il a choisi de ne pas le faire. »
Il ajoute également : « Pourquoi le Président réagit-il aussi fermement quand des notables évoquent sa succession, et reste-t-il flou lorsqu’on lui demande de respecter l’alternance ? »
Corruption et gouvernance
L’un des chapitres les plus développés concerne la corruption.
Biram Dah Abeid critique les déclarations du président selon lesquelles la corruption aurait reculé et juge cet argument incompatible avec la perception de la population.
Il écrit : « Depuis quand l’augmentation des recettes publiques est-elle devenue un indicateur de recul de la corruption ? »
Le document plaide pour davantage de transparence, des institutions de contrôle réellement indépendantes et un suivi effectif des rapports de la Cour des comptes.
Une fiscalité jugée excessive
L’auteur critique également la politique fiscale du gouvernement, estimant qu’elle pèse sur les ménages et les entreprises sans amélioration suffisante des services publics.
Il affirme : « Un État qui prélève sans jamais rendre de comptes ne collecte pas l’impôt ; il organise la rente. »
Les services publics au cœur des critiques
Selon Biram Dah Abeid, malgré les ressources mobilisées durant les sept dernières années, les transformations structurelles attendues n’ont pas eu lieu.
Il résume sa critique par cette formule : « Le problème n’est pas combien l’État dépense. Le problème est ce que les Mauritaniens obtiennent en retour. »
Il évoque notamment l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins, à l’éducation, à l’emploi ainsi que les infrastructures.
Libertés publiques et cohésion nationale
Le document critique également la gestion du dossier du passif humanitaire, la loi sur les symboles, les poursuites contre certains militants, blogueurs et lanceurs d’alerte ainsi que l’arrestation de députées.
Selon Biram Dah Abeid : « On ne construit pas la cohésion nationale en réduisant au silence une partie des Mauritaniens. »
Les propositions avancées
En conclusion, Biram Dah Abeid appelle notamment à :
- une clarification définitive sur le respect de la limitation des mandats
- une autonomie renforcée des institutions de contrôle
- une lutte plus effective contre la corruption
- davantage de transparence dans les marchés publics
- la protection des lanceurs d’alerte
- une stratégie de développement fondée sur des réformes structurelles plutôt que sur des mesures ponctuelles.
Il conclut son document par cette déclaration : « Après sept années de pouvoir, les Mauritaniens ne demandent plus au Président de leur raconter la Mauritanie qu’il voit. Ils lui demandent de regarder la réalité qu’ils vivent.»