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António Guterres, SG de l’ONU.©️DR

IA : António Guterres alerte sur l’urgence d’une gouvernance mondiale

António Guterres alerte sur une technologie qui progresse plus vite que les capacités des États à l’encadrer et appelle à un cadre international garantissant une intelligence artificielle au service de l’humanité.

L’intelligence artificielle est entrée dans une nouvelle phase qui impose une réponse collective. À Genève, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a appelé lundi à la mise en place d’une gouvernance mondiale de l’IA, estimant que cette technologie évolue désormais plus rapidement que la compréhension de ses risques et que la capacité des gouvernements à adapter leurs réglementations.

À l’occasion de l’ouverture du premier dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, le chef de l’ONU a plaidé pour l’élaboration d’un cadre international « ambitieux » capable d’accompagner les transformations profondes provoquées par l’IA dans l’éducation, la santé, l’économie, la politique ou encore la sécurité.

« Les machines peuvent éclairer les décisions, mais les êtres humains doivent décider… et en répondre », a déclaré António Guterres, appelant à construire une gouvernance mondiale « digne de la confiance de tous ».

Une technologie trop importante pour quelques acteurs

Le constat est partagé par l’envoyé spécial des Nations Unies pour les technologies numériques et émergentes, Amandeep Singh Gill, qui estime que l’avenir de l’IA ne peut être déterminé uniquement par un nombre limité d’entreprises ou de pays.

« L’intelligence artificielle est trop importante pour être façonnée par une poignée d’acteurs », a-t-il affirmé, appelant à « une discussion mondiale, inclusive et fondée sur des données probantes ».

Cette alerte intervient alors que les usages de l’IA dépassent désormais largement le domaine civil. Les technologies développées pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle sont progressivement intégrées dans des systèmes militaires, faisant émerger de nouvelles inquiétudes autour des armes autonomes.

« Les robots tueurs, longtemps cantonnés aux scénarios de science-fiction, sont déjà une réalité sur certains théâtres d’opérations », a rappelé António Guterres.

Des risques qui s’accumulent

En quelques années seulement, l’IA générative a bouleversé les économies, les administrations et le quotidien de centaines de millions de personnes. Mais son expansion rapide soulève également de nombreuses préoccupations : désinformation massive, cyberattaques, surveillance automatisée, discriminations algorithmiques ou encore perte de contrôle sur les systèmes les plus avancés.

Pour Yoshua Bengio, coprésident du groupe scientifique indépendant de l’ONU sur l’IA, aucun ralentissement significatif de cette évolution n’est attendu.

« Des tests extrêmement préoccupants ont montré que les modèles d’IA les plus avancés sont capables de tromper les êtres humains et de comprendre qu’ils sont en train d’être évalués », a-t-il expliqué.

Selon lui, la progression rapide des capacités de ces systèmes pourrait modifier profondément les équilibres économiques et géopolitiques mondiaux.

« Cela ressemble à de la science-fiction, mais c’est une possibilité bien réelle. Cela pourrait transformer le monde d’une manière que nous ne comprenons pas encore », a-t-il averti.

La protection des enfants au cœur des priorités

Parmi les priorités défendues par l’ONU figure la protection des enfants face aux usages de l’intelligence artificielle.

António Guterres a appelé les États à adopter un « engagement mondial pour la sécurité des enfants face à l’intelligence artificielle », prévoyant notamment des évaluations indépendantes avant la mise à disposition d’outils accessibles aux mineurs, une lutte renforcée contre les contenus pédocriminels générés par IA et l’obligation pour les systèmes de détecter les situations nécessitant une intervention humaine.

« Aucun enfant ne devrait servir de cobaye pour une intelligence artificielle non réglementée », a insisté le Secrétaire général de l’ONU.

Il a comparé la situation actuelle à celle des médicaments ou des jouets, qui font l’objet de contrôles avant d’être proposés aux enfants.

La présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock, a également alerté sur les dérives liées aux contenus générés par IA, notamment les « deepfakes » à caractère sexuel ciblant majoritairement les femmes et les filles.

Éviter une nouvelle fracture mondiale

Au-delà des enjeux de sécurité, António Guterres a insisté sur le risque d’une nouvelle fracture entre pays développés et pays en développement.

« Nous ne pouvons pas laisser la fracture numérique se transformer en fracture de l’intelligence artificielle, puis cette fracture de l’IA devenir un fossé en matière de développement, de sécurité et de souveraineté », a-t-il déclaré.

L’ONU souhaite notamment renforcer la coopération internationale afin de permettre aux pays les moins avancés d’accéder aux infrastructures, aux compétences et aux ressources nécessaires pour tirer profit de cette technologie.

Le chef de l’ONU a également appelé les grandes entreprises technologiques à publier systématiquement l’empreinte environnementale de leurs systèmes d’IA et demandé que les centres de données fonctionnent exclusivement avec des énergies renouvelables d’ici 2030.

Vers des règles internationales sur l’intelligence artificielle

Ce premier dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA marque une nouvelle étape dans les efforts des Nations Unies pour intégrer cette technologie dans le droit international.

Après la création d’un groupe scientifique indépendant en 2023 et l’adoption du Pacte pour l’avenir et du Pacte numérique mondial en 2024, l’ONU entend désormais réunir gouvernements, entreprises technologiques, chercheurs et société civile autour de règles communes.

« Nous risquons d’être la dernière génération capable de définir les conditions de coexistence entre l’humanité et les machines », a averti António Guterres.

Il a appelé à bâtir « un avenir de l’IA par l’humanité, avec l’humanité et pour toute l’humanité ».

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