La ministre de la Justice, Yassine Fall, annonce un gel des remises de suspects vers Paris, dénonçant le refus français de répondre aux demandes sénégalaises visant deux ressortissants établis en France. Une décision politique forte qui relance le débat sur l’équilibre des relations judiciaires entre les deux pays.
Le Sénégal a officiellement suspendu, ce jeudi, toute procédure d’extradition en direction de la France. L’annonce a été faite par la ministre de la Justice, Yassine Fall, devant les députés lors de l’examen du budget de son département. À l’origine de cette décision : le refus persistant de Paris de donner suite à deux demandes sénégalaises visant des ressortissants du pays installés en France.
Selon la ministre, Dakar a fourni « toutes les justifications requises » dans ces dossiers, sans obtenir de coopération de la parte française. « Nous avons deux Sénégalais en France que ce pays n’a pas renvoyés. Le Sénégal a respecté ses engagements et continue de demander leur extradition », a-t-elle déclaré, évoquant notamment le journaliste Madiambal Diagne et l’homme d’affaires Doro Gaye, réclamés par la justice sénégalaise.
Face à ce blocage, le gouvernement a décidé d’appliquer strictement le principe de réciprocité. Douze personnes recherchées par la France seraient actuellement concernées. « Si ces personnes sont coupables de crimes, nous les arrêtons. Nous ne les laissons pas libres. Mais nous ne les renvoyons pas tant que la réciprocité n’est pas respectée », a insisté Yassine Fall.
Cette décision intervient alors qu’une convention d’extradition entre Dakar et Paris est en vigueur depuis 2021. Signé à Paris et ratifié par les autorités françaises en 2023, l’accord visait à renforcer la coopération judiciaire bilatérale en matière pénale. Son application partielle devient aujourd’hui source de tensions diplomatiques.
En adoptant cette posture ferme, le Sénégal entend rééquilibrer une relation judiciaire qu’il juge asymétrique. La ministre a rappelé que la coopération internationale repose sur « un principe de responsabilité partagée », estimant que Dakar ne peut continuer à exécuter ses obligations si ses propres requêtes restent lettre morte.
La décision pourrait ouvrir une nouvelle phase de négociations entre les deux capitales, alors que les dossiers en attente se multiplient et que la collaboration sécuritaire demeure un enjeu majeur entre Dakar et Paris.