Gehad Madi, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme des migrants.
À l’issue d’une mission officielle de dix jours en Mauritanie, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme des migrants, Gehad Madi, a salué les initiatives entreprises par les autorités pour relever les défis migratoires, tout en exhortant le pays à mettre fin aux expulsions collectives et à mieux aligner ses pratiques sur les normes internationales en matière de droits humains.
« Je félicite le gouvernement mauritanien d’avoir relevé les défis liés à la migration, notamment en adoptant des lois contre la traite et le trafic de migrants, en créant des centres d’accueil et en renforçant les opérations de recherche et de sauvetage en mer », a déclaré M. Madi dans un communiqué publié ce vendredi.
L’expert onusien a souligné la volonté politique affichée par Nouakchott, mais a insisté sur les écarts entre les cadres juridiques existants et leur mise en œuvre effective. « Au cours de ma visite, j’ai entendu des témoignages faisant état d’arrestations arbitraires, de détentions prolongées dans des conditions difficiles et d’expulsions collectives sans évaluation individuelle ni assistance juridique », a-t-il affirmé.
Le Rapporteur spécial s’est dit particulièrement préoccupé par la situation des femmes et des enfants migrants, davantage exposés aux violences, aux séparations familiales et à la vulnérabilité sociale. Il a également pointé des allégations de comportements discriminatoires imputés à certains agents de sécurité visant des migrants originaires d’Afrique subsaharienne.
Dans ses recommandations, Gehad Madi a appelé la Mauritanie à adopter une loi globale sur l’asile garantissant des procédures équitables et transparentes, à abolir les expulsions collectives au profit d’évaluations individuelles conformes au droit international, à améliorer les conditions de détention et à simplifier les démarches administratives pour l’obtention de titres de séjour. Il a également insisté sur le renforcement de la formation des forces de sécurité en matière de droits humains et sur la mise en place de mécanismes de contrôle indépendants.
« Le soutien technique et financier de la communauté internationale est essentiel pour aider la Mauritanie à renforcer ses capacités en matière de traitement des demandes d’asile, de protection des femmes et des enfants et de contrôle des détentions », a-t-il ajouté, appelant à une coopération accrue avec l’OIM, le HCR et les organisations de la société civile.
Cette mission intervient alors que la Mauritanie est sous le feu des critiques. Fin août, Human Rights Watch a publié un rapport accablant dénonçant de « graves violations » contre les migrants, dont des expulsions massives, des violences et des détentions arbitraires. L’ONG estime à plus de 28 000 le nombre de migrants expulsés au cours des six premiers mois de 2025, un chiffre en forte hausse par rapport à 2024. Le rapport a également mis en cause la coopération migratoire entre Nouakchott, l’Union européenne et l’Espagne, financée à hauteur de 210 millions d’euros, accusée de renforcer un système répressif et de multiplier les abus, parfois en présence d’agents européens.
Les autorités mauritaniennes rejettent ces accusations, affirmant avoir interdit les expulsions collectives et adopté de nouvelles procédures opérationnelles standard en mai 2025 pour encadrer la gestion des migrants. Elles défendent une approche « équilibrée » qui conjugue sécurité nationale et respect des engagements internationaux.
Pour les observateurs, la mission de l’ONU représente une opportunité décisive pour pousser la Mauritanie à concilier coopération sécuritaire et respect des droits humains. « La Mauritanie pourrait montrer la voie vers une gestion respectueuse des droits en Afrique du Nord, mais seulement si elle met fin aux abus », estime Lauren Seibert, chercheuse à HRW.
Le rapport final du Rapporteur spécial sera présenté en juin 2026 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. D’ici là, Nouakchott est appelée à transformer ses engagements en actes concrets.