Alors que le gouvernement congolais vante l'extension progressive de la gratuité de la maternité à travers le pays, la situation sur le terrain, notamment à Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, révèle un tout autre tableau. Malgré l'entrée officielle de cette ville dans le programme de Couverture santé universelle (CSU), les femmes enceintes continuent d’acheter elles-mêmes les médicaments nécessaires à leur accouchement. En cause : une rupture chronique des intrants et un manque criant d'appui institutionnel.
À l’hôpital général de Bandundu, unique structure de référence publique, le personnel médical travaille dans des conditions déplorables. “Les structures de santé ne reçoivent pas les médicaments nécessaires, exposant les femmes enceintes et les nouveau-nés à des risques graves”, alerte Huguette Pumbu, syndicaliste du secteur de la santé, dans une interview accordée à Trust Magazine.
Soignants oubliés, patients en péril
Au-delà du manque d'équipements, c’est la précarité des soignants qui mine profondément l’efficacité du programme. Selon la même source, les agents de santé, en majorité, ne perçoivent ni salaires ni primes liées à la gratuité. Certains sont tout simplement laissés-pour-compte.
“La prime de la gratuité n'est pas versée à ceux qui travaillent jour et nuit pour faire fonctionner ce système. Peut-on parler de gratuité quand les soignants ne sont pas rémunérés, laissés à l’abandon ?”, dénonce-t-elle avec colère.
Ce constat d’abandon soulève une inquiétude grandissante au sein du personnel médical. Si la gratuité devait être un levier d'amélioration de l'accès aux soins, elle se transforme dans certaines zones en facteur de surcharge, d'épuisement et de démotivation.
Des revendications claires face à un silence institutionnel
Face à l’ampleur des difficultés, les syndicats du secteur santé tirent la sonnette d’alarme. Ils réclament le paiement intégral et régulier des primes de risque, la prise en charge des salaires des professionnels de santé, ainsi qu’un approvisionnement soutenu en médicaments et équipements. Ces revendications, pourtant basiques pour garantir le bon fonctionnement d’un service aussi essentiel, peinent à trouver une réponse concrète.
Mis en œuvre depuis septembre 2023 à Kinshasa, le programme de gratuité de la maternité a été élargi à 13 autres provinces, portant à 14 le nombre de provinces couvertes sur les 26 que compte la République démocratique du Congo. Ce programme, financé par le gouvernement central avec l’appui de la Banque Mondiale, constitue le premier pilier de la CSU. Mais à Bandundu, il est encore loin de produire les effets escomptés.
En attendant, les femmes continuent de débourser ce qu’elles peuvent pour donner la vie, et les soignants, malgré les promesses, poursuivent leur mission dans le silence d’un système à bout de souffle.
Par Yenga Fazili wâ BIREGEYA, Correspondant de TRUST en Afrique de l'Est et Centrale